Archive for August, 2006
Hier je suis retournée à la Chureca (enfin tous mes élèves d’Art de 2 générations y habitent et y travaillent), mais cette fois je suis allée plus loin. Puisque ce dépotoir s’étend sur 13 kilomètres, il y a surtout des poubelles, des camions et une odeur fétide qui vous reste dans le nez pendant des lustres, mais étonnament, il y a plus. Je me suis rendue compte que cet endroit est un véritable microcosme social. Il y a de tout dans ce dépotoir. Quand on observe, on peut voir que certains semblants d’habitations (je ne sais plus quels sont les critères pour appeller une construction habitation, disons que peut utiliser ce terme quand on y dort (???)) qui font lieu de petits magasins (un peu comme celui que j’ai chez moi, ils se nomment pulperias. Enfin, il y a aussi une école, avec une capacité minime, malheuresement et un petit centre de santé. Les habitants et travailleurs du dépotoir municipal s’organisent entre eux. Il y a peut être même différentes strates sociales. Enfin, je creuse ,mais c’est la vérité. J’ai visité quelques familles, ainsi, un certain nombre de personnes se chargent de se mettre les mains dans les déchets pour chercher les différents matériaux comme le papier, le carton, l’aluminium.. etc. Enfin, ce travail est extrêtement dangeureux, ils souffrent de nombreuses maladies et plusieurs enfants meurent frappés par les camions qui entrent et qui sortent. Ces gens vont revendre leurs trouvailles à d’autres familles, qui eux, nettoient le tout et revendent à des usines de recyclage. Les “collecteurs” font à peine un à deux dollars canadiens par jour s’ils passent leur journée à fouiller dans cet enfer. Enfin, je crois que les “distributeurs” font un peu plus, ce qui délimite les deux types de familles.
Pour conclure, même si c’est impensable de croiser ces gens qui sont nés dans les rebus et qui y meurent, je me sens beaucoup mieux que la première semaine, quand j’avais découvert le lieu pour la première fois. Je ne peux pas dire que je comprend complètement, mais du moins, je crois comprendre mieux. Je reconnais des visages, ceux que je vois plusieurs fois par semaine, les mains dans la peinture, à mes activités. Ils ont des coeurs d’enfants, mais ils me déboussolent tout de même. Lorsque je leur demande de peindre certaines choses, les crayons, le papier, la peinture, le concept de créativité leur sont inconnus, j’ai parfois l’impression d’avoir à faire à des êtres erafflés par la vie, cachés derrière des sourires d’enfants. Enfin, le dessin, le jeu ne leur vient pas facilement, mais lorsque je leur demande de laver le plancher ou de ramasser la salle après le bricolage; j’ai à peine le temps de me retourner que les tuiles reluisent et que la salle est impecable. Ils ont l’habitude des tâches et des responsabilités, mais il ne connaissent pas le jeu..
Finalement, hier, Dimanche, on a organisé une immense fête de rue, des centaines d’enfants et de jeunes participaient aux activités, on a déniché du maquillage pour le visage et j’ai peint de jolis petits visages couleur café pendant 5 heures sans arrêt! Enfin, on distribuait de la nourriture, des prix, cette journée de fête de quartier était vraiment une réussite! Samedi soir, ma famille a préparé une célébration d’adieu, plusieurs personnes y étaient invitées, on a dansé toute la nuit, s’il y a quelque chose que les Nicaraguyens métrisent parfaitement; c’est bien la fête!
Je quitte la communauté jeudi matin très tôt pour partir en évaluation à Granada. Ce sera difficile de quitter un lieu, qui est rien pour les yeux, mais tellement pour le coeur!
On se revoit sous peu,
Lau!
Tes chiens jappent mes jours, tu siffles mes nuits
Ton cadavre embaume l’air, les jours de pluies, tes coulées noirâtres lissent mes pas
Chez toi, il y a plus de flingues que d’hommes et tes fils aboient les femmes qui passent
Tes églises ont perdu leurs couleurs et on mendit sur leurs marches
Tes flots sont bruns et les poissons n’y nagent plus, ils y flottent
Des parcs dénudés à la plage aux oublis, tous lancent le malheur de leur consommation, rétractée.
Personne n’aime Managua. Seul ses habitants, qui n’ont jamais connus autre lieu, y restent par attachement, par obligation. A un kilomètre à l’extérieur de la capitale, tous médient la métropole. Les médias la scrutent à la recherche de la plus petit goutte de sang, du dernier accident, de la chicane domestique qui a mal tournée. Malheureusement, ils trouvent facilement, et 24 heures sur 24, on passe les nouvelles les plus noires.
Les coopérants se retrouvent à certains endroits, tel que dans un café que j’adore et qui s’appelle le Art café. Ils y restent, dans l’obscurité de la ville, par un sentiment de responsabilité, quelque chose qui leur dit, qu’il y aura toujours à faire dans ce chaos.
Lau
Sur la route du retour de Matagalpa, Julie et moi usions nos mines dans nos journaux respectifs sous l’oeil curieux d’une jeune Nicaraguyenne aux yeux masqués de fard violet et aux cheveux torsadés reluisants de gel. Enfin, la joue collée contre la fenêtre du bus multicolore, je regardais les montagnes nicaraguyennes. Elles me semblaient en opposition complète avec le lac de Managua, qui se trouve juste derrière chez moi et qui remplace la vision habituelle des piscines hors-terre de mon voisinage repentignois par ce que je décrirais comme un immense bac à merde (désolé… je ne trouvais pas plus précis.) Alors, j’observais les maisonettes de tôle, à peine plus grosse que mon garde-robe, perdues sur les flancs des vertes montagnes.
A l’intérieur du bus, les odeurs humaines se mélangaient, l’air était suffocant et les vendeurs et vendeuses de nourriture de toutes sortes se poussaient jusqu’à la sortie. Des enfants avec les yeux immenses passent avec leurs sacs remplis d’eau, qui doivent bien faire le double de leur poids ils crient:”agua!!! Agua bien fria!” d’une voix hypernasale.
Puis après plusieurs heures de voyage, Julie et moi sommes arrivées dans un marché que nous ne connaissions pas . Fourbues, nous n’apercevons qu’un taxi . C’est ainsi que nous abordons le chauffeur pour discuter du prix du voyage jusqu’à notre demeure managuyenne. On aquiese et on se dirige vers une voiture un peu plus loin, qui n’était pas celle que nous avions vue à notre arrivée et qui était déjà pleine. Enfin, faute d’alternative, nous nous engouffrons dans le bazou. L’odeur de l’homme moustachu à ma gauche, avec son bambin sur les genous me rapellaient vaguement celle des chiens malades qui se secouaient devant chez moi après une chaude pluie.. Finalement, le chauffeur se lance dans une course effrenée, le voilà qui esquive un autobus et s’arrête dans un bruit de freins à couper le tympan (si freins il y avait?).C’est alors que Julie s’écrit, en espagnol:”Je préfère arriver plus tard, mais en vie!” Sous l’impact du commentaire de la blanche assise à la place du mort, l’homme s’est senti insulté et a décidé d’évacuer sa dite frustration sur la pédale de gaz. Quelle horreur! Alors la vieille version nicaraguyenne de Vin Diesel se faufile entre une dizaine de voiture klaxonnantes et le panneau de stop et les lumiéres lui semblent de simple décorations routières. Pour finir,je crois que je n’aurais jamais imploré le seigneur autant de fois en si peu de temps. Nous sommes finalement arrivées en claquant la porte à ce vieux plouc et en prenant une bouffée du large acahualincaien.
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