Archive for June, 2008

14th June
2008
written by Laurence

Ici les enfants qui ne sont pas désirés sont nombreux, trop nombreux. Hier, alors d’une visite d’un groupe de femmes à Kitenga, j’ai rencontré cette jeune femme qui est allée chercher son bébé dans cette petite hutte en terre. Voilà, normalement lorsque je rencontre des sidéens en phase terminale, des bébés gravement atteints par la malaria, je retient mon souffle, je leur souris, et je tente de ne pas leur rappeler la douleur qu’ils vivent chaque jour dans mon regard. Mais cette fois, c’était extrêmement difficile, ce bébé de moins d’un an était brûlé au troisième degré, 70% de la surface de son corps était en gales à cause des flammes. Ses yeux ont brûlé fermés, maintenant il peut les ouvrir un peu, mais il a totalement perdu la vue. Il n’a plus de doigts, plus d’orteils, et sa bouche est énorme comme figée au moment d’un cri, il ne peut la fermer. J’ai du retenir mon souffle très fort, garder les larmes, jamais un malade ne m’a tant touché, ce bébé que je tenais maintenant dans mes bras n’avait que très peu de caractéristiques humaines. La jeune mère a accouché de cet enfant d’un père inconnu et un soir qu’elle allait danser dans une discothèque elle laisse le bébé dormir, une chandelle à son chevet. La hutte prit en feu et les voisins allèrent la chercher à la discothèque. Elle amena le bébé brûlé à l’hôpital et retourna à la discothèque.

Go to the people, live with them, love them, learn from them. Start with what they know, build on what they have, and work with the leaders so when the work is done, people can say-We did this ourselves

Lao Tzu 700 BC

Et voilà, je crois que je sors peu à peu des multiples rencontres, des réflexions nocturnes, et que j’ai fini mon évaluation des besoins de la communauté pour enfin me concentrer sur un projet précis. Car, oui je suis venue ici pour travailler, même si ce blog a été destiné jusqu’ici à ma dite adaptation culturelle. La majorité des groupes de femmes ont reçu des ateliers avec Wotodev, sur l’agriculture organique, les pesticides, comment construire des jardins, comment faire pousser des herbes médicinales, des ateliers sur le sida, sur la malaria, etc.. Mais même si maintenant elles plus éduqués sur ces différents thèmes, ces veuves et mères sidéennes n’ont toujours pas le revenu nécessaire pour mettre en pratique leurs acquis. D’ailleurs, le seul moyen que ces femmes peuvent reprendre contrôle sur leur futur et être autonomes et fières c’est d’avoir leur propre revenu. Une fois qu’elles ont leur propre revenu, elles peuvent se rendre à la clinique de dépistage du VIH et payer la somme pour le traitement rétroviral. Il est donc essentiel de développer de nouvelles activités économiques pour ces groupes de femmes. Évidemment leurs maisons sont insalubres, elles s’effondrent, leurs jardins ne produisent pas assez de légumes, elles sont mal nourries. Mais si je leur trouve du ciment et des briques, les maisons seront réparées, mais dans 5 ans, elles n’auront toujours pas de moyen d’améliorer leurs conditions de vie par elles-mêmes. Si elles développent leur propre revenu, il s’agit davantage de développement durable.

Je suis donc en train de mettre sur pied une coopérative laitière. J’ai réuni trois groupes de femmes qui produisent du lait, et ensemble elles développent un système d’épargne et d’emprunts et vendent leur lait ensemble pour faire davantage de profit. Jusqu’ici l’épargne est destinée à acheter un réfrigérateur et un congélateur industriels, pour pouvoir vendre nos produits directement dans la ville de Masaka. J’ai trouvé un organisme qui nous donne un point de vente gratuitement près du marché. Je suis en train d’écrire un plan de mise en marché pour leur produits et je vais tenter d’obtenir un prêt dans une institution de micro finance avec les coordinatrices de ces trois groupes de femmes pour acheter le réfrigérateur et le congélateur. J’ai des rencontres avec le diocèse de Masaka qui a des fermiers spécialisés en produits dérivés du lait pour que ces femmes reçoivent des formations sur la préparation de yogourts et de crème glacée. Il n’y a pas vraiment de marché pour le fromage ici en Ouganda, et la production demande trop de lait pour nos débuts. Nous voilà!!! J’ai aussi trouvé un partenaire pour que ces femmes développent un système de collection de pluie pour abreuver leurs vaches, car elles vont chercher l’eau dans un marécage à quelques kilomètres de leurs fermes.
Voilà, souhaitez nous bonne chance!

11th June
2008
written by Laurence

Lorsque je ne suis pas sur le terrain pour rencontrer des groupes de femmes je suis au bureau de WOTODEV (Women together for development) ma vie de bureau est, disons, colorée. J’ai un petit bureau dont le voisin est occupé par un énorme ordinateur jaunie par le soleil et qui, évidemment, ne fonctionne pas. La fille de la secrétaire de WOTODEV semble vivre dans mon bureau et sa principale occupation est la torture des sauterelles. Elle leur arrache les pates et les ailes, pour ensuite les faire frire dans la poile. Le bureau de WOTODEV n’a droit qu’à la moitié de la pièce. On partage la salle avec une pharmacie miraculeuse. La femme qui porte chaque jour d’énorme fleurs de plastique dans sa haute coiffure, vend des herbes médicinales et autres potions de sorcière et l’affiche en face de son commerce invite les clients avec : “Health solutions; the African way”. Je n’ai malheureusement pas vu un seul client depuis deux semaines. Ce qui est plutôt décevant, car je la soupçonne de connaitre de fascinants sortilèges. Face à mon bureau, une quinzaine de conducteurs de boda-boda attendent des clients qui semblent plutôt rares. Ils me crient parfois quelques : “Muzungu, I want to mary you”, or “baby baby come on my boda-boda”. Les boda-bodas sont de vieux scooters, moyen de transport populaire partout en Ouganda. Ils sont également mon seul moyen de transport, et lorsque je visite les groupes de femmes avec ma coordinatrice, et oui, moyen financiers oblige, ma dite corpulente supérieure et moi prenons toutes les deux place sur le même vieux scooter rouillé, moi à cheval derrière le chauffeur, poussée vers l’avant. Nous grimpons les routes terreuses de l’Ouganda qui est plutôt montagneux à environ 2 km heure parfois, et je me dis que je ferais mieux de courir à côté.
Hier, ma mère d’accueil a décidé qu’on en avait fini de parader autour du village en Gomez, et que je devais me marier avant de quitter l’Ouganda. “Euh, Mama Sara, je ne crois pas que c’est une bonne idée”. Au contraire me répond-t-elle, et elle ajoute que son frère ferait un très bon mari pour moi. Je tente de la convaincre que je ne suis pas de la tribu de Baganda, que ce ne soit une bonne idée pour leur famille, vous savez une étrangère blablabla. De plus, je ne sais pas bien faire le lavage et la cuisine traditionelle, n’en parlons pas. Et puis, elle perd le fil de mes explications en anglais mélangé au peu de Luganda que je parle et va voir les poules derrière la maison. Quelques minutes plus tard, le dit frère est dans la maison, assis devant moi, souriant avec insistance. Je le salue, sans toutefois faire les grandes salutations agenouillées que toutes les femmes de la tribu de Baganda doivent faire pour leurs ainés ou tout homme qu’elles rencontrent. Il prend ma main dans ses mains, ne parle pas anglais, alors attent que je lui dise quelque chose en luganda. Cela m’arrive rarement, mais cette fois, je n’ai pas l’intention de converser et je me trouve dans une bien inconfortable position puisque je sais que le frère est là suite à la discussion concernant le mariage. Je décide donc de lire un roman, je lis, je lis, jusqu’à ce que son insistant sourire se fane et qu’il aille rejoindre Mama Sara sur le compound avec les poules. Mon dit futur mari est également un conducteur de Boda-Boda.

Dimanche dernier, je suis allée à la messe. Dire que je suis athée, ou peu pratiquante est extrêmement mal vu ici. Il semble que le mouvement born a gain christian batte son plein dans cette région de l’Ouganda, et innombrables sont ceux qui vous arrêtent dans la rue pour vous demander : “have you been saved?“Ce qui veut dire, êtes-vous un born again..Bref, j’ai dit a ma famille d’accueil que j’avais été élevée dans une famille catholique, ils m’ont donc demandé 10 fois le dimanche si j’avais repassé mes vêtements pour la messe et on demandé à tous les voisins catholiques de m’accompagner à l’église (ma famille d’accueil est musulmane). Me voilà donc, à genoux, dans cette église surpeuplée, et comme ils m’ont accompagné à la messe en anglais pour que je puisse comprendre, j’écoute ce prête philippin avec un accent américain faire des métaphores en espagnol du genre : “incarnation, from carne in spanish, which means flesh, which means god is in your flesh”, mais surtout répéter 10 fois que “humans are not rats, please remember humans are not rats“. Je n’ai jamais réellement compris ce qu’il essayait dire en criant tel un preacher du sud des États-Unis que les humains ne sont pas des rats, mais je devenais de plus en plus impatiente. La seule explication que je peux voir réside dans un certain symbolisme asiatique, ou le rat aurait signification particulière, symbole dont il a hérité de son enfance dans les Philippines. Pour dimanche prochain, j’ai préparé ma réponse pour Mama Sara : “Mama Sara, I pray in my heart, I don’t really have to go to church”.

Je vis dans le village de Kimaanya et je travaille à Masaka. Kimaanya est minuscule mais le nombre d’habitants est augmenté par la prison à haute sécurité qui trône au centre du village et tous les officiers en uniforme entourant les babelés, la carabine appuyé entre les jambes attendant un faux geste des prisonniers, ou une blanche qui passe derrière pour l’ennuyer un peu (la blanche étant souvent moi, comme je n’en ai rencontré aucune autre dans le village). Enfin, tous les matins quand je marche vers la ville, les prisonniers sont dans la cafétéria et jusqu’au fins fonds de Kimaanya on entend leurs chants résonner, les coups qu’ils donnent sur les tables de la cafétéria créent une mélodie de percussions tribale, et leurs voix sont si profondes, leur cris si vains un mercredi matin enfermé dans une prison perdue en Ouganda que pour le reste de la journée, ce chant désespéré résonne dans ma tête.

9th June
2008
written by Laurence

Je crois que la médication que je prends en prévention pour la malaria affecte mon imaginaire et plusieurs fois par nuit je me réveille en sueurs après d’absurdes cauchemars. À Masaka, on voit partout d’énormes oiseaux qui se nomment marabouts. Les marabouts mangent les déchets et leurs cris stridents font dresser les poils sur les bras. Voilà, je suis totalement terrifiée par ces bêtes qui font parfois 2 mètres de haut. Je les vois, je change de côté de la rue. Et chaque nuit, je rêve qu’un marabout se met à me picosser comme une vieille pile de poubelles et s’envole, m’emmenant dans son énorme bec. Ce cauchemar est ridicule, mais depuis deux semaines, il n’a pas encore cessé. Ces oiseaux de malheur me narguent chaque fois que je marche vers mon village, et tournoient au dessus de ma tête, si ça se trouve, ils me crient même des insultes dans la langue des marabouts. Maintenant que j’ai fait connaissance avec ces sales volatiles, l’expression québécoise être marabou, prend tout son sens. Je vous le dit, ça ne veut pas dire être déçu et faire la moue, mais être un ignoble oiseau charognard.
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J’ai réellement commencé à travailler avec Ugandan Women Together for Development (UWOTODEV). En réalité l’organisme supervise un réseau de groupes de femmes qui font de la microfinance et développement communautaire. Pour l’instant, je visite les groupes de femmes avec les responsables de mon organisme, j’observe leur système de prêts et d’investissements, leurs plantations et autres projets d’agriculture organique et durable, de développement d’activités économiques pour les veuves et de support financier pour les orphelins. Les femmes du groupe de Kitanga où j’ai passé la journée, ont toutes été testées pour le VIH, et comme les femmes qui font appel aux services de ces groupes sont généralement les plus désœuvrées, les veuves, celles qui sont malades, près de 100%du groupe s’est révélé séropositif. Une statistique assez poignante…
Enfin, hier, ma famille d’accueil m’a invité à me rendre au lac Nabugabo, où des milliers d’Ougandais dansent sur le bord du lac, boivent et nagent (mauvais mélange, je sais). Ce dimanche après-midi était vibrant, et pour ces Ougandais qui travaillent si fort et n’ont parfois que le dimanche de congé, tout le monde semblait bien se remettre du dur labeur de la semaine. Ils dansaient jusqu’à plus souffle, enivrés, sur les rythmes importés du Congo, au son de la pop en lingala. J’adore ces Ougandais qui travaillent dur à 2 ou 3 boulots parfois et font la fête jusqu’au matin, ils vivent, du moins qu’on puisse dire, intensément.

Un blog qui me permet de rester en contact avec ceux que j’aime. Une tribune d’idées et de réflexions sur mes études, les gens que je rencontre, la coopération internationale.

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