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11th June
2008
written by Laurence

Lorsque je ne suis pas sur le terrain pour rencontrer des groupes de femmes je suis au bureau de WOTODEV (Women together for development) ma vie de bureau est, disons, colorée. J’ai un petit bureau dont le voisin est occupé par un énorme ordinateur jaunie par le soleil et qui, évidemment, ne fonctionne pas. La fille de la secrétaire de WOTODEV semble vivre dans mon bureau et sa principale occupation est la torture des sauterelles. Elle leur arrache les pates et les ailes, pour ensuite les faire frire dans la poile. Le bureau de WOTODEV n’a droit qu’à la moitié de la pièce. On partage la salle avec une pharmacie miraculeuse. La femme qui porte chaque jour d’énorme fleurs de plastique dans sa haute coiffure, vend des herbes médicinales et autres potions de sorcière et l’affiche en face de son commerce invite les clients avec : “Health solutions; the African way”. Je n’ai malheureusement pas vu un seul client depuis deux semaines. Ce qui est plutôt décevant, car je la soupçonne de connaitre de fascinants sortilèges. Face à mon bureau, une quinzaine de conducteurs de boda-boda attendent des clients qui semblent plutôt rares. Ils me crient parfois quelques : “Muzungu, I want to mary you”, or “baby baby come on my boda-boda”. Les boda-bodas sont de vieux scooters, moyen de transport populaire partout en Ouganda. Ils sont également mon seul moyen de transport, et lorsque je visite les groupes de femmes avec ma coordinatrice, et oui, moyen financiers oblige, ma dite corpulente supérieure et moi prenons toutes les deux place sur le même vieux scooter rouillé, moi à cheval derrière le chauffeur, poussée vers l’avant. Nous grimpons les routes terreuses de l’Ouganda qui est plutôt montagneux à environ 2 km heure parfois, et je me dis que je ferais mieux de courir à côté.
Hier, ma mère d’accueil a décidé qu’on en avait fini de parader autour du village en Gomez, et que je devais me marier avant de quitter l’Ouganda. “Euh, Mama Sara, je ne crois pas que c’est une bonne idée”. Au contraire me répond-t-elle, et elle ajoute que son frère ferait un très bon mari pour moi. Je tente de la convaincre que je ne suis pas de la tribu de Baganda, que ce ne soit une bonne idée pour leur famille, vous savez une étrangère blablabla. De plus, je ne sais pas bien faire le lavage et la cuisine traditionelle, n’en parlons pas. Et puis, elle perd le fil de mes explications en anglais mélangé au peu de Luganda que je parle et va voir les poules derrière la maison. Quelques minutes plus tard, le dit frère est dans la maison, assis devant moi, souriant avec insistance. Je le salue, sans toutefois faire les grandes salutations agenouillées que toutes les femmes de la tribu de Baganda doivent faire pour leurs ainés ou tout homme qu’elles rencontrent. Il prend ma main dans ses mains, ne parle pas anglais, alors attent que je lui dise quelque chose en luganda. Cela m’arrive rarement, mais cette fois, je n’ai pas l’intention de converser et je me trouve dans une bien inconfortable position puisque je sais que le frère est là suite à la discussion concernant le mariage. Je décide donc de lire un roman, je lis, je lis, jusqu’à ce que son insistant sourire se fane et qu’il aille rejoindre Mama Sara sur le compound avec les poules. Mon dit futur mari est également un conducteur de Boda-Boda.

Dimanche dernier, je suis allée à la messe. Dire que je suis athée, ou peu pratiquante est extrêmement mal vu ici. Il semble que le mouvement born a gain christian batte son plein dans cette région de l’Ouganda, et innombrables sont ceux qui vous arrêtent dans la rue pour vous demander : “have you been saved?“Ce qui veut dire, êtes-vous un born again..Bref, j’ai dit a ma famille d’accueil que j’avais été élevée dans une famille catholique, ils m’ont donc demandé 10 fois le dimanche si j’avais repassé mes vêtements pour la messe et on demandé à tous les voisins catholiques de m’accompagner à l’église (ma famille d’accueil est musulmane). Me voilà donc, à genoux, dans cette église surpeuplée, et comme ils m’ont accompagné à la messe en anglais pour que je puisse comprendre, j’écoute ce prête philippin avec un accent américain faire des métaphores en espagnol du genre : “incarnation, from carne in spanish, which means flesh, which means god is in your flesh”, mais surtout répéter 10 fois que “humans are not rats, please remember humans are not rats“. Je n’ai jamais réellement compris ce qu’il essayait dire en criant tel un preacher du sud des États-Unis que les humains ne sont pas des rats, mais je devenais de plus en plus impatiente. La seule explication que je peux voir réside dans un certain symbolisme asiatique, ou le rat aurait signification particulière, symbole dont il a hérité de son enfance dans les Philippines. Pour dimanche prochain, j’ai préparé ma réponse pour Mama Sara : “Mama Sara, I pray in my heart, I don’t really have to go to church”.

Je vis dans le village de Kimaanya et je travaille à Masaka. Kimaanya est minuscule mais le nombre d’habitants est augmenté par la prison à haute sécurité qui trône au centre du village et tous les officiers en uniforme entourant les babelés, la carabine appuyé entre les jambes attendant un faux geste des prisonniers, ou une blanche qui passe derrière pour l’ennuyer un peu (la blanche étant souvent moi, comme je n’en ai rencontré aucune autre dans le village). Enfin, tous les matins quand je marche vers la ville, les prisonniers sont dans la cafétéria et jusqu’au fins fonds de Kimaanya on entend leurs chants résonner, les coups qu’ils donnent sur les tables de la cafétéria créent une mélodie de percussions tribale, et leurs voix sont si profondes, leur cris si vains un mercredi matin enfermé dans une prison perdue en Ouganda que pour le reste de la journée, ce chant désespéré résonne dans ma tête.

6 Comments

  1. Anonymous
    11/06/2008

    Allo Lolo,

    wowwww !! te lire, c’est comme s’offrir la lecture d’un bon roman de science fiction… sauf que tu le vis et que tu es ma fille.

    Je n’aurais pas trop envie qu’ils pensent très très sérieusement à te marier. Finalement, comme e jour de ton départ, j’ai hâte que tu reviennes…

    je t’aime fort, mais plus que tout, soit prudente

    Maman xoxox

  2. Kat
    12/06/2008

    Comme tu écris bien ma jolie. Moi qui te disait de faire attention aux criquets, je devrais plutôt te dire de te méfier des fiancés!
    Je t’aime
    xoxoxox
    Katou

  3. JP
    13/06/2008

    Moi je connais aussi des Péruviens qui aimeraient te marier.

    Capitaine Hadock (alias ton frère barbu)

  4. Anonymous
    13/06/2008

    Un chauffeur de boda-boda ? J’ai vérifié avec Immigration Canada et il n’y a aucun problème à ce qu’il immigre puisqu’aucun résident n’est qualifié pour cet emploi.

    Fais attention à ta mignonne personne et reviens nous en bonne santé…

    Ton Papa

  5. Justin
    24/06/2008

    Oh Laurence,
    tu as vraiment des bonnes experiences. Pour mon projet a Jinja, je travaille avec les conducteurs de boda-boda, donc si un mari n’est pas assez, j’en ai beaucoup plus pour toi! Eh je n’ai pas encore goute des criquets, t’es tres forte.
    Welaba nnyabo,
    Justin

  6. Mme Boda
    28/10/2008

    je crois que je vai mettre ton article en lien je rigole bien trop !

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