Archive for July, 2008

26th July
2008
written by Laurence

J’ai quitté Kimaanya. Hier matin, à mon départ, maman Sara m’a amené derrière la maison et m’a donné deux minuscules plants. Elle m’a dit “Lolo, plante cette pousse d’orangier et l’autre de manguier. Tu pars, mais ces arbres deviendront matures et lorsque nous mangerons des mangues et des oranges, nous penseront à toi. Ces fruits nous rapellerons notre Lolo.” Un instant plus tard, je me suis retrouvée à piocher et creuser le sol rocailleux à mains nues. J’espère que ces arbres prendront racines et nourriront ma famille.

Mes soeurs ont pleuré et ont refusé de se rendre à l’école.Leurs cris m’ont arraché le coeur. Partir et laisser la famille Matovu, c’est accepter de ne plus jamais avoir de nouvelles. Ces êtres généreux et dévoués sont complètement isolés du reste de la terre: pas de courrier, pas d’ordinateur, et aucun téléphone. Je ne saurai peut-être jamais si mes soeurs finiront l’école, si ma famille survivra au sida, à la malaria qui à cloué au lit la benjamine pour la dernière semaine. Je les ai embrassés, malgré leur évident embarras, pour faire face, encore une fois, à l’inconnu.

Dans le vieux bus aux fenêtres embuées par la sueur ambiante, j’ai senti une fine pluie frapper le toit du véhicule. Voici la fin de la saison sèche (En Afrique de l’Est il n’y a que deux saisons : la saison sèche et la saison humide.) Une joie profonde m’a soudainement envahie alors que les gouttes s’abattaient sur le toit rouillé avec de plus en plus de force. Près de 140 femmes ont construit des réservoirs pour la récolte de l’eau de pluie. Ces villages secs, ces femmes qui marchent des kilomètres pour ramener une eau boueuse et insalubre ne seront plus. Enfin, je l’espère. Je passais en revue les dernières semaines mentalement, je n’avais en tête que le commentaire d’une mère de famille : “Maintenant qu nous avons un réservoir d’eau, je suis beaucoup moins anxieuse. J’envoie mes filles au marais après l’école pour remplir des bidons d’eau. Mais souvent, elle reviennent tard et la nuit est déjà tombée. Plusieurs jeunes filles se sont fait violer ces dernières semaines, le soir, sur le chemin du marais. Ce réservoir protègera mes filles.”Évidemment, le projet n’est pas parfait, et creuser ces réservoirs demande beaucoup de travail physique, les veuves de 70 ans ont du mal à y arriver seules et elles n’ont pas les moyens d’engager quelqu’un, alors nous avons organisé des groupes d’entraide.

Tous les ateliers, sur la collection de l’eau de pluie, sur la salubrité et l’hygiène étaient suivis par un atelier sur le sida. Peu importe le sujet du regroupement dans le village, je considère que quelque rassemblement que ce soit est une opportunité pour parler de prévention et du sida. Alors qu’une travailleuse sociale que j’ai rencontré donnait l’atelier sur le sida, je distribuais des condoms à tous les villageois. Un homme prit la boîte et se mit à remplir ses poches, puis à remplir sa chemise de condoms, de telle sorte que l’homme maigre semblait avoir un ventre énorme. Il en mit dans ses poches de son pantalon, et finalement dans son chapeau. Je ne me suis pas opposée à cette démesure, car après tout, si c’est ce dont il a besoin pour éviter de propager son virus, qu’il prenne 500 préservatifs s’il le veut. Puis vers la fin de l’atelier, une grand-mère penché à 90 degrés sur sa canne s’est avancée vers le centre du cercle pour demander à la travailleuse sociale si elle avait des condoms féminins et poursuivit avec une dizaines d’autres questions. Moi qui pensais que les villageois seraient réticents à participer à l’atelier, je riais bien lorsque que ces femmes âgées se sont mis à discuter condoms féminins. Haaha

Je n’irai finalement pas escalader Kilimanjaro. En fait, les frais pour entrer dans le parc du Mont Kilimanjaro sont de 60$ par jour plus 60$ par nuit pour camper sur la montagne. L’excursion prend plus d’une semaine, et tous les profits vont dans les poches d’un gouvernement corrompu. Malgré ces frais exhorbitants, les touristes continuent d’affluer vers le parc pour atteindre le sommet de l’Afrique, et s’inquiètent peu de ces coûts. Je refuse de financer la coruption.

Je pars demain, vers l’île de Zanzibar. Cette île appartient à la Tanzanie mais fut possesion de l’Oman dans le passé. Les Sultans dirigèrent l’île pour longtemps et l’économie tournait autour de la vente d’esclaves et d’épices. Aujourd’hui les cavernes où les esclaves étaient emprisonnés sont toujours là et des flots turquoises viennent mourir sur des plages de corail blanc. J’irai faire de la plongée sous-marine et du vélo avec mon ami Mike sur ce petit paradis terrestre au parfums d’Indes et aux influences arabes.

17th July
2008
written by Laurence

Kimaanya était bleu cet après-midi là. Et le bleu du ciel au-dessus de mon village perdu absorbait la poussière qui montait. Tous les jours, ceux que j’ai rencontré dans les semaines précédentes se mettent à disparaitre. J’entends Mama Sara me dire

-Lolo, tu te souviens l’homme que tu es allé visiter à Kitovu avec ton père, tu as bercé ses enfants?
-Heu, oui, oui maman Sara
-Il est mort.
-Ha. Désolé. Il m’avait dit qu’il avait la malaria.
-C’était le sida mon enfant.

La conversation est souvent la même. Et puis, le sida est une honte, personne n’en parle, même mama Sara prononce le mot à mi-voix. On me dit –j’ai la malaria, la fièvre typhoïde. Mais presque qu’à tout coup, c’est le sida. Les sidéens sont dans chaque famille, couchés sur une paillasse dans le fond de la hutte en terre rougeâtre.

Enfin entre les annonces noires que je reçois de Mama Sara, la vie de famille et la vie de village m’enchantent toujours. Je suis une étrangère, mais il me semble que je plonge dans la culture baganda comme dans un bain chaud et que mes muscles se détendent et que j’oublie où je suis, éblouie par les danses et les plumes, la langue et les rires. Le matin venu, le thé au gingembre et les bains d’herbes du bébé embaument mes narines et me tirent du sommeil.

Je suis sur mes genoux dans notre compound-un petit carré de terre caché entre notre maison, la hutte trouée de Mama Namuga, l’enclos des poules et de vieux murs de pierre marqués par les balles (quelles balles, je l’ignore). Et je ne vois que le ciel. Le ciel bleu clair de Kimaanya. Imiraoni dans les bras, sa tête repose dans le creux de mon coude et de la main droite je fais tourner un chappatti qui baigne dans l’huile. La poêle bossée et noircie est posée sur une petite montagne de charbon dans une chaudière de métal. Le charbon crépite et m’enfume. Enfume le bébé aussi que je réemballe dans sa couverture et dont je cache le visage chocolat. Ma robe est tachée de boue, car je reviens du village où toute la journée les femmes en Gomez ont pioché. Les vêtements troués et sales même si on a tout juste tenté des les laver pendent au bout d’un fils qui traverse le compound et me volent à la figure. Le temps trotte à Kimaanya, et tout est lent, le vent, le pas des passant, le pouls d’Imiraoni.

En Ouganda, on mange rarement pour le goût, les orphelins qui rôdent près de notre compound vers l’heure du souper, vers les 11heures du soir, sont accueillis dans la maison, et mangent le plantain bouilli pour ne plus avoir faim et pour pouvoir dormir. Ils sont silencieux et s’agenouillent devant Mama Sara. Ils se faufilent par la porte une fois leur assiette vidée et j’aime croire que je ne sais pas où ils dorment, que quelqu’un doit les accueillir. Mais mon ignorance est fausse, je sais qu’ils dorment dans les buissons, sous le grand arbre…

La nuit ailleurs n’est pas la nuit. La nuit en Ouganda est réellement nuit, la faible lampe à l’huile éclaire à peine la pointe de mes pieds. Lorsque la lune n’est plus pour quelques crépuscules, les femmes et les hommes marchent et leur silhouettes se fondent dans l’obscurité.

15th July
2008
written by Laurence

La majorité des jeunes Ougandais ont un téléphone cellulaire. Souvent ils ne mangent qu’une purée de mais blanche chaque soir, mais le téléphone à la ceinture de leur pantalon, l’objet leur donne une certaine fierté. Le flirt à l’Ougandaise passe irrémédiablement par l’entremise du téléphone. J’ai un téléphone cellulaire pour mon travail, pour contacter mes instructeurs et si je le sort de ma poche en public, voilà que je me fais demander mon numéro de téléphone. Naïve, à mon arrivée en Ouganda, je le donnais alors. Les Ougandais sont extrêmement religieux et la plupart des messages que je reçois sur mon cellulaire sont des passages de la bible. Ces messages sont écrits en anglais, mais abréviés un peu comme un comme une chanson d’un rappeur américain. Un exemple copié de ma boîte de réception : “As God abnegeted jesus to da siners, ha also sent da pricious lady rolo (j’imagine que c’est mon nom) to rescue da needy ugandans. I think about ya all da time, I gently bage for ur luv[…]” Au début, je prenais le temps de répondre : “Dear Edward, I don’t think I was sent to rescue the needy Ugandans..” Mais je n’ai plus envoyé de réponses depuis quelques semaines, et j’ai reçu des passages de la bible à chaque jour. Quelques fois me comparant à une roche galvanisée d’or dans le désert, quelques fois à Mère Theresa. Sincèrement, tous ces messages textes me font sentir très inconfortable, et je souhaite souvent ne pas avoir de téléphone.
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La meilleure amie de Mama Sara, Mama Castin accueille elle aussi une muzungu. Elle travaille avec Vision mondiale. Elle est américaine d’origine coréenne et se nomme Miri. Tous les habitants de Kimaanya l’appellent China. Pauvre Miri…Enfin, Miri est grande et élancée. En Ouganda, les femmes grasses sont considérées particulièrement attirantes, et c’est pourquoi Mama Sara tente de me gaver. Miri est mince et a peu de formes. Un soir Miri est venu nous visiter, et environ 20 voisins étaient assis sur les tapis africains collés les uns sur les autres dans la maison. Dès qu’elle s’en est allé, je les entendais murmurer que China est squelettique. C’est alors que la session de comparaison physique commença, et que les voisins se sont alors levés pour me donner chacun une petite tape sur le derrière et conclure que je suis comme une femme muganda, contrairement à Miri. Je n’ai pas trop apprécié leur compliment accompagné de vérifications, mais disons que les contacts physiques sont considérés différemment ici.
À Kampala, les magasins sont tapissés d’annonces du genre “prenez 20 livres en une semaine” ou “get fat, call 07781 56432”. Vraiment? Allons mesdemoiselles! Mangez de la pizza et de la crème glacée sans arrêt, c’est facile de prendre du poids…
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Les ateliers sur la collection de l’eau de pluie vont de train. Les femmes dans chaque village n’hésitent pas à relever leurs jupons et piocher la terre chaude pour construire les systèmes. Elles travaillent même beaucoup plus fort que les hommes et la semaine dernière, tous les jours, elles ont passé de 8 à 6 sous le soleil, leurs bébés emballés dans des couvertures à l’ombre, à creuser un énorme trou. Dans un des villages où j’ai donné un atelier travaille un Américain nommé Daniel. Lorsqu’il a vu le groupe de femmes piocher et couper des troncs d’eucalyptus pour récolter l’eau de pluie, il est venu mettre la main à la pâte. Afin, hier, je l’ai rencontré dans la ville de Masaka et il m’a dit : “Tout-le-monde au village veut se construire un système de collection de l’eau de pluie, comme l’exemple que vous avez construit le groupe de femmes et toi, mais on me demande de creuser et 5 fois par jour maintenant” Désolé Daniel…Mission accomplie! J’ai encore des ateliers jusqu’à la semaine prochaine et ensuite, mon temps à Masaka sera écoulé.
14th July
2008
written by Laurence

Mercredi dernier, vers 10 heures du matin, Mama Sara a donné naissance à un minuscule petit garçon. Ce même jour, je devais me rendre à un village éloigné de Masaka avec les instructeurs agricoles que j’ai engagé pour construire des systèmes de collection d’eau de pluie avec un groupe de femmes. J’avais décidé la veille de porter la robe traditionnelle; la Gomez, car les femmes qui vivent dans ces endroits isolés apprécient lorsque je porte les mêmes habits que leur tribu. Malheureusement, la Gomez est une robe aux épaules surélevées de 10 cm, très large avec quelques boutons sur la poitrine pour faciliter l’allaitement (dès mon retour au Canada, je vous inonderai de photos, je vous le promets). Sous cette robe, les femmes portent un tissu laineux serré autour de la taille et un jupon par-dessus. La robe ne permet que de faire de petits pas et de marcher très lentement. La veille, Mama Sara m’a dit qu’elle m’aiderait à mettre ma Gomez le lendemain, car je n’y arrive pas seule, pauvre blanche.

Vers 7 heures du soir, lorsque je suis revenue à la maison, j’ai trouvé un minuscule petit bébé dans les bras de Mama Sara, les yeux fermés, le cordon ombilical pendant. Mama Sara m’a dit qu’elle a commencé à sentir les contractions la veille, mais qu’elle ne pouvait pas dormir et qu’elle a prié toute la nuit qu’elle puisse m’aider à mettre ma Gomez avant de donner naissance. Elle m’a expliqué que les contractions étaient extrêmement douloureuses le matin lorsqu’elle m’a aidé à attacher la ceinture de ma robe et dès mon départ vers 9 heures du matin, mon oncle au boda-boda (vous vous souvenez, mon prétendant) est venu la chercher pour l’amener vers l’hôpital délabré de Masaka sur son boda rouillé (scooter). Elle ne m’a rien dit de cela, car elle savait que ce jour était important et qu’on m’attendait au village.

Le bébé dans les bras, elle m’a demandé de le nommer. Comme la famille est musulmane, j’ai voulu nommé le bébé Nasser, comme mon professeur d’Arabe palestinien en Caroline du Nord pour qui j’ai beaucoup de respect. Mama Sara m’a dit qu’elle était mariée à un Nasser et qu’il est décédé du Sida et qu’elle fut donnée à son frère; qui est maintenant le père de la famille. Elle craignait que nommer le bébé Nasser soit interprété comme un message à son mari présent qu’elle ne l’apprécie pas. Muette devant ce secret qui m’était révélé, je n’ai rien ajouté. Elle m’a aussitôt dit qu’elle nommerait le bébé Imiraoni, d’après une montagne en Arabie Saoudite, lieu faisant partie du pèlerinage vers la Mecque. Elle le nomme ainsi en espérant que son fils deviendra un Hadj, un homme qui aura suffisamment de moyens ce rendre à la Mecque.

Le lit de Mama Sara fut installé près de la porte d’entrée; la femme muganda qui vient de donner naissance doit rester 3 semaines près de l’entrée de la maison pour présenter son rejeton aux visiteurs. Les femmes pénétraient alors par dizaines ce soir là dans notre humble demeure balançant leur hanches et leur postérieur de gauche à droite et leurs bras vers le ciel jusqu’aux petites heures du matin, une danse traditionnelle pour accueillir le nouveau-né dans la tribu.

Mama Namuga est la voisine et vit dans une toute petite hutte de terre collée sur notre maison. Elle est âgée et accueille au moins 10 orphelins qu’elle empile sur des tapis africains le soir venu. Elle est celle qui cueille les herbes médicinales pour le voisinage. Tous les matins elle donne des bains au bébé dans une chaudière remplie d’herbes vertes foncé et presque bouillantes. Une fois le bain terminé, elle prend un peu du jus verdâtre dans la paume de sa main et abreuve le nourrisson.

Je chante du Carmen Campagne au bébé en espérant qu’il parle un jour français. Pour ceux qui connaissent mes talents en chant, je vous entends dire ″pauvre enfant″…Avoir une sœur autiste de 17 ans m’a appris beaucoup, incluant 17 ans de chansons pour enfants.

7th July
2008
written by Laurence
J’ai quitté Kimaanya, mon village, pour la fin de semaine. À Masaka ce vendredi, les vieux autobus japonais envoyés en Afrique –alternative au dépotoir- faisaient la file au bord de la route principale. Une fois assise dans celui en direction de Kabale (une ville à 10 km de la frontière Rwandaise), je me suis rendue compte que nous étions plus de 20 dans un 14 places, que mon visage était écrasé contre la fenêtre sale et qu’on avait assis un bébé sur moi…position à laquelle j’étais condamnée pour les 6 prochaines heures.

Enfin, presque arrivée à destination, le lac Bunyoni, un étendu d’eau d’une beauté phénoménale caché au fond de la jungle, je me sentais soulagée de pouvoir entamer la traversée du lac en canot avant la tombée de la nuit. Mais soudainement, alors que le vieux mini-bus japonais gravissait les dernières collines pour se rendre au quai du lac, une pluie inattendue en saison sèche se mis à s’abattre sur nos têtes. Devant nous la route poussiéreuse se transforma en une rivière boueuse et les roues de ce détritus d’autocar s’enfoncèrent dans les flots marécageux. Quelques minutes plus tard, je me suis retrouvée derrière l’autobus à pousser vainement, crottée jusqu’aux mollets. Dans le chaos, les villageois environnants éclataient de rire à la vue d’une femme muzungu (étrangère) au milieu de 10 hommes, forçant, les joues rougies, les gouttes de sueurs déferlant sur son front.

Après environ une heure, lorsque que le moteur se mit à ronronner et que les roues s’agrippèrent enfin à quelques roches, le véhicule pris son élan et monta la pente. Je réalisai alors que l’autobus ne s’arrêtait pas, et un instant plus tard, boueuse et essoufflée, je me mis à courir et grimper pour que ce fichu chauffeur m’attende. Après d’interminables enjambées, je me mis à frapper le pare-chocs arrière, toujours en mouvement, jusqu’à ce qu’on s’arrête enfin pour m’entasser au milieu de la chaleur odorante du véhicule bondé.

Traverser l’Ouganda signifie s’arrêter à tout moment, partager un siège avec deux autres passagers, avoir l’impression d’être dans un interminable manège, se sentir malade car la majorité de ceux qui conduisent ces autobus sont des chauffards et se faire déposer sur le bord d’une route perdue parce que le chauffeur n’avait pas mis suffisamment d’essence dans son bazou. Mon voyage se termine quelques fois derrière un vélo rouillé d’un jeune garçon qui passait par-là.

Le lac Bunyoni était magnifique. J’ai du passer plus d’une heure, assise devant un vieux pêcheur à pagayer dans un «dugout canoe» – il s’agit d’un énorme arbre dont on creusé le tronc- pour me rendre à une petite île au milieu du lac. J’ai alors passé quelques jours entourée de collines cultivées par étages comme celles du Népal partageant mon modeste lit dans une hutte avec quelques oiseaux exotiques faisant partie d’une des plus diverse et abondante population de volatiles en Afrique. Poisson frais et jus de fruits de la passion au menu. Mmmmm….

Lorsque je suis revenue à la maison dimanche soir, j’ai trouvée une petite fille mince et élancée adossée à ma porte de chambre. Elle devait avoir environ 10 ans. Je lui ai alors demandé son nom en Luganda. Mama Sara m’a expliqué que Sherati est la fille d’un grand-oncle dans un village éloignée. Elle a entendu dire qu’une Muzungu habitait chez les Matovu et elle est partie à pieds le samedi matin de son village pour arriver à notre demeure le samedi soir sans avoir mangé ni bu, pour voir la Muzungu. Elle a dormi avec mes frères et sœurs, et dimanche soir, à mon retour, elle m’attendait toujours. Je n’ai pas bien compris pourquoi elle avait marché pendant si longtemps pour voir une blanche, et je m’attendais à se qu’elle me demande de l’aider à payer ses frais de scolarité- requête que je reçois chaque jour-, mais elle ne m’adressa pas la parole. Lorsque je buvais mon thé ou que je me plongeais dans un bouquin avant d’aller dormir, chaque fois que je levais le regard, je voyais ses grands yeux couleur charbon m’épier, sans même la surprendre à cligner. Une moment elle caressa ma main, la tourna et retourna, la compara à la sienne et repris sa position initiale d’observation à mes côtés. Elle me suivi partout sur la pointe des pieds, dormi au pied de mon lit et reparti le lundi matin toujours en silence. Quelle mystérieuse jeune fille…

Merci pour vos commentaires!

3rd July
2008
written by Laurence

L’Afrique, au premier regard, au premier contact, peut paraître chaotique. Mais sous le bruit ambiant des les bodas qui dévalent les routes à toute vitesse, des vendeurs qui se tiraillent les passants, ou des nombreuses radios porteuses de malheurs en zones de conflits, je trouve ma vie en Ouganda paisible.

Certains moments dans ma journée me plongent dans un confort profond. Cette quiétude que je ressens est peut-être due à l’accueil que je reçois partout. Je dois peut-être cet état à mes petites sœurs, Anisha et Sheila, et à mon petit frère Ponsiano qui viennent se recroqueviller en silence autour de moi lorsque je lis. Le soir, lorsque je n’arrive pas à trouver le sommeil, j’observe une traînée de lucioles sur mon plafond, qui s’illuminent par intermittence, et je m’imagine que ce sont de minuscules lumières de noël accrochées au-dessus de mon lit. À chaque fin de journée, à mon retour de mes escapades dans de lointains villages, les voisins, les tantes et les oncles, se réunissent à mon arrivée, et nous partageons un thé au gingembre sur des tapis africains (faits de feuilles de palmiers séchées et tressées) déposé sur l’herbe humide.

J’adore le rire de mama Sara. Elle secout la tête lâchement et soudainement le rire éclate. Ce rire me rassure lorsque je tente de m’intégrer maladroitement. Je ne connais pas beaucoup d’autres femmes mugandas (de la tribu de Baganda) qui rient autant que Mama Sara. Mama Sara a plusieurs enfants, et accueille des orphelins, elle fut donnée à son mari contre contribution financière à l’âge de 17 ans. Sa famille a beaucoup souffert et son père a participé à la guerre contre la Tanzanie, du temps d’Idi Amin Dada. Sur le visage foncé de Mama Sara, il n’y a aucune marque des longues nuits cachées près de la frontière avec la tanzanie, à fuir les soldats. Aucune ride ne nous indique le désespoir. Il n’y a que la lumière dans ses yeux. Lorsque je reviens un peu tard, à la brunante et que je tente de trouver mon chemin à tâtons vers ma demeure, le rire de Mama Sara résonne jusqu’à moi et m’oriente.

Et puis, à la maison, il y a les prières. Les plus jeunes sont les plus dévolues. Et après le thé, j’entend les petites voix fragiles répéter des «Allah wa Akbahr» dans un coin sombre de notre demeure où mes sœurs prient è l’unisson. Lorsque j’étais malade, allongée dans mon lit, les fines voix de mes jeunes sœurs chantaient des prières jour et nuit et imploraient Allah pour mon rétablissement. Et Sheila m’a rappelé, les yeux brillants, que ses prières m’ont guérit. Webale nnyo Sheila –Merci beaucoup-

En Luganda, le mot pour oui est «yee», pourtant, on ne le prononce que rarement. Les mugandas préfèrent de discrètes onomatopées pour communiquer. Les femmes saluent à genoux puis, le premier dit «mmmm» (comme on dirait mmmm c’est bon !) et l’autre répond «mmmmm» une note plus haute. Et après s’être mutuellement remercié (remercié pour aucune raison en particulière, il s’agit d’une forme de politesse) un interminable enchaînement de «mmmm» recommence et les individus ne se regardent jamais dans les yeux, pour faire preuve de modestie. Ces salutations prennent quelques minutes par personnes, et lorsque je visite un groupe de 50 femmes, les introductions prennent des heures.

Hourra !! J’ai reçu du financement pour mes projets avec les groupes de femmes. J’ai écrit une demande de financement que j’ai envoyé à FSD- foundation for sustainable development. 700$ pour que ces femmes puissent construire des systèmes pour récolter l’eau de pluie. 700$ peuvent paraître insignifiants mais ils permettront à 147 femmes de se construire un système, de pouvoir s’abreuver décemment (évidemment l’eau doit être bouillie), sans avoir à marcher plusieurs kilomètres pour se rendre au marais où l’eau est stagnante et insalubre. Elles peuvent utiliser l’eau pour leurs jardins et leur bétail et possiblement avoir accès à davantage de revenu qui leur permet de se rendre à la clinique pour sidéens !

Nze Namatovu Lolo, Mbeera mu Kimaanya, Ndeera ngambi
Je suis Lolo NaMatovu, j’habite à Kimaanya, et je suis du clan des antilopes

Comme le père à la maison est Matovu, je deviens, en tant que femme NaMatovu et j’hérite également de son clan.

** Tous les jours je me fais demander, Quels sont nos tribus au Canada…et je dois répondre que nous avons des tribus, qui étaient là avant la colonisation, mais que nous les avons mis dans des villages très pauvres et que les gens dans les villes ne savent pas qu’elles existent. Cette pensée les horrifie. Avec raison.

Un blog qui me permet de rester en contact avec ceux que j’aime. Une tribune d’idées et de réflexions sur mes études, les gens que je rencontre, la coopération internationale.

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