Enfin, presque arrivée à destination, le lac Bunyoni, un étendu d’eau d’une beauté phénoménale caché au fond de la jungle, je me sentais soulagée de pouvoir entamer la traversée du lac en canot avant la tombée de la nuit. Mais soudainement, alors que le vieux mini-bus japonais gravissait les dernières collines pour se rendre au quai du lac, une pluie inattendue en saison sèche se mis à s’abattre sur nos têtes. Devant nous la route poussiéreuse se transforma en une rivière boueuse et les roues de ce détritus d’autocar s’enfoncèrent dans les flots marécageux. Quelques minutes plus tard, je me suis retrouvée derrière l’autobus à pousser vainement, crottée jusqu’aux mollets. Dans le chaos, les villageois environnants éclataient de rire à la vue d’une femme muzungu (étrangère) au milieu de 10 hommes, forçant, les joues rougies, les gouttes de sueurs déferlant sur son front.
Après environ une heure, lorsque que le moteur se mit à ronronner et que les roues s’agrippèrent enfin à quelques roches, le véhicule pris son élan et monta la pente. Je réalisai alors que l’autobus ne s’arrêtait pas, et un instant plus tard, boueuse et essoufflée, je me mis à courir et grimper pour que ce fichu chauffeur m’attende. Après d’interminables enjambées, je me mis à frapper le pare-chocs arrière, toujours en mouvement, jusqu’à ce qu’on s’arrête enfin pour m’entasser au milieu de la chaleur odorante du véhicule bondé.
Traverser l’Ouganda signifie s’arrêter à tout moment, partager un siège avec deux autres passagers, avoir l’impression d’être dans un interminable manège, se sentir malade car la majorité de ceux qui conduisent ces autobus sont des chauffards et se faire déposer sur le bord d’une route perdue parce que le chauffeur n’avait pas mis suffisamment d’essence dans son bazou. Mon voyage se termine quelques fois derrière un vélo rouillé d’un jeune garçon qui passait par-là.
Le lac Bunyoni était magnifique. J’ai du passer plus d’une heure, assise devant un vieux pêcheur à pagayer dans un «dugout canoe» – il s’agit d’un énorme arbre dont on creusé le tronc- pour me rendre à une petite île au milieu du lac. J’ai alors passé quelques jours entourée de collines cultivées par étages comme celles du Népal partageant mon modeste lit dans une hutte avec quelques oiseaux exotiques faisant partie d’une des plus diverse et abondante population de volatiles en Afrique. Poisson frais et jus de fruits de la passion au menu. Mmmmm….
Lorsque je suis revenue à la maison dimanche soir, j’ai trouvée une petite fille mince et élancée adossée à ma porte de chambre. Elle devait avoir environ 10 ans. Je lui ai alors demandé son nom en Luganda. Mama Sara m’a expliqué que Sherati est la fille d’un grand-oncle dans un village éloignée. Elle a entendu dire qu’une Muzungu habitait chez les Matovu et elle est partie à pieds le samedi matin de son village pour arriver à notre demeure le samedi soir sans avoir mangé ni bu, pour voir la Muzungu. Elle a dormi avec mes frères et sœurs, et dimanche soir, à mon retour, elle m’attendait toujours. Je n’ai pas bien compris pourquoi elle avait marché pendant si longtemps pour voir une blanche, et je m’attendais à se qu’elle me demande de l’aider à payer ses frais de scolarité- requête que je reçois chaque jour-, mais elle ne m’adressa pas la parole. Lorsque je buvais mon thé ou que je me plongeais dans un bouquin avant d’aller dormir, chaque fois que je levais le regard, je voyais ses grands yeux couleur charbon m’épier, sans même la surprendre à cligner. Une moment elle caressa ma main, la tourna et retourna, la compara à la sienne et repris sa position initiale d’observation à mes côtés. Elle me suivi partout sur la pointe des pieds, dormi au pied de mon lit et reparti le lundi matin toujours en silence. Quelle mystérieuse jeune fille…
Merci pour vos commentaires!
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Laurence
Tu écris tellement bien. La lecture de tes blogues m’apporte beaucoup. Merci de partager avec nous ces moments si riches. J’ai confiance que tu seras la prochaine Laura-Julie Perreault;)
Je t’aime et je t’admire.
Prend soin de toi là-bas et je te souhaite la meilleure des chances dans tous tes projets. Les choses semblent bien aller jusqu’à présent.
Marie-Christine
xxxxxxxxxxxxx
Quel beau récit !
Je te félicite, et continue à alimenter nos journées par tes textes qui sonnent doux à notre coeur quand tu es si loin….
maman xoxox
Hmm, auch nochmal n Kommentar loswerden hier. Du schreibst echt gut (soweit ich daß im Französischen beurteilen kann) und ich glaube Du weißt wie kritisch ich normalerweise bin. Finde Dein Blog desweiteren auch super interessant. Krasse, gute Erfahrungen, die Du da machst.