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17th July
2008
written by Laurence

Kimaanya était bleu cet après-midi là. Et le bleu du ciel au-dessus de mon village perdu absorbait la poussière qui montait. Tous les jours, ceux que j’ai rencontré dans les semaines précédentes se mettent à disparaitre. J’entends Mama Sara me dire

-Lolo, tu te souviens l’homme que tu es allé visiter à Kitovu avec ton père, tu as bercé ses enfants?
-Heu, oui, oui maman Sara
-Il est mort.
-Ha. Désolé. Il m’avait dit qu’il avait la malaria.
-C’était le sida mon enfant.

La conversation est souvent la même. Et puis, le sida est une honte, personne n’en parle, même mama Sara prononce le mot à mi-voix. On me dit –j’ai la malaria, la fièvre typhoïde. Mais presque qu’à tout coup, c’est le sida. Les sidéens sont dans chaque famille, couchés sur une paillasse dans le fond de la hutte en terre rougeâtre.

Enfin entre les annonces noires que je reçois de Mama Sara, la vie de famille et la vie de village m’enchantent toujours. Je suis une étrangère, mais il me semble que je plonge dans la culture baganda comme dans un bain chaud et que mes muscles se détendent et que j’oublie où je suis, éblouie par les danses et les plumes, la langue et les rires. Le matin venu, le thé au gingembre et les bains d’herbes du bébé embaument mes narines et me tirent du sommeil.

Je suis sur mes genoux dans notre compound-un petit carré de terre caché entre notre maison, la hutte trouée de Mama Namuga, l’enclos des poules et de vieux murs de pierre marqués par les balles (quelles balles, je l’ignore). Et je ne vois que le ciel. Le ciel bleu clair de Kimaanya. Imiraoni dans les bras, sa tête repose dans le creux de mon coude et de la main droite je fais tourner un chappatti qui baigne dans l’huile. La poêle bossée et noircie est posée sur une petite montagne de charbon dans une chaudière de métal. Le charbon crépite et m’enfume. Enfume le bébé aussi que je réemballe dans sa couverture et dont je cache le visage chocolat. Ma robe est tachée de boue, car je reviens du village où toute la journée les femmes en Gomez ont pioché. Les vêtements troués et sales même si on a tout juste tenté des les laver pendent au bout d’un fils qui traverse le compound et me volent à la figure. Le temps trotte à Kimaanya, et tout est lent, le vent, le pas des passant, le pouls d’Imiraoni.

En Ouganda, on mange rarement pour le goût, les orphelins qui rôdent près de notre compound vers l’heure du souper, vers les 11heures du soir, sont accueillis dans la maison, et mangent le plantain bouilli pour ne plus avoir faim et pour pouvoir dormir. Ils sont silencieux et s’agenouillent devant Mama Sara. Ils se faufilent par la porte une fois leur assiette vidée et j’aime croire que je ne sais pas où ils dorment, que quelqu’un doit les accueillir. Mais mon ignorance est fausse, je sais qu’ils dorment dans les buissons, sous le grand arbre…

La nuit ailleurs n’est pas la nuit. La nuit en Ouganda est réellement nuit, la faible lampe à l’huile éclaire à peine la pointe de mes pieds. Lorsque la lune n’est plus pour quelques crépuscules, les femmes et les hommes marchent et leur silhouettes se fondent dans l’obscurité.

4 Comments

  1. Anonymous
    17/07/2008

    Que c’est beau… À te lire, on a l’impression que notre rythme aussi ralenti.

    Bravo ma grande, je te félicite encore pour tout ce que tu fais.

    Je t’aime

    maman xox

  2. Anonymous
    22/07/2008

    lady rolo !!!

    C’est toujours un plaisir de suivre tes périples à travers tes écrits et de voir à quel point tu réussis à égayer la vie des habitants là-bas!

    Tu me sembles fière, dévouée, et surtout heureuse. Tu vis des moments uniques et c’est un honneur de les partager avec toi à travers ton blog!
    Attention a toi lolita
    tip xxxx

    p-s: tu diras a mama sara que tu as un mari ici !:)

  3. Kat
    25/07/2008

    wow wow wow…je suis si fière de toi. Vraiment. Sincèrement.
    Je t’aime
    Kat

  4. 10/03/2009

    n hesitez pas a vous equiper d un lexique wow, j ai du maal a comprendre, j avoue en tout cas merci pour ce billlet interessant ! c ets toujours sympathique de paqser sur ce blog

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