J’ai quitté Kimaanya. Hier matin, à mon départ, maman Sara m’a amené derrière la maison et m’a donné deux minuscules plants. Elle m’a dit “Lolo, plante cette pousse d’orangier et l’autre de manguier. Tu pars, mais ces arbres deviendront matures et lorsque nous mangerons des mangues et des oranges, nous penseront à toi. Ces fruits nous rapellerons notre Lolo.” Un instant plus tard, je me suis retrouvée à piocher et creuser le sol rocailleux à mains nues. J’espère que ces arbres prendront racines et nourriront ma famille.
Mes soeurs ont pleuré et ont refusé de se rendre à l’école.Leurs cris m’ont arraché le coeur. Partir et laisser la famille Matovu, c’est accepter de ne plus jamais avoir de nouvelles. Ces êtres généreux et dévoués sont complètement isolés du reste de la terre: pas de courrier, pas d’ordinateur, et aucun téléphone. Je ne saurai peut-être jamais si mes soeurs finiront l’école, si ma famille survivra au sida, à la malaria qui à cloué au lit la benjamine pour la dernière semaine. Je les ai embrassés, malgré leur évident embarras, pour faire face, encore une fois, à l’inconnu.
Dans le vieux bus aux fenêtres embuées par la sueur ambiante, j’ai senti une fine pluie frapper le toit du véhicule. Voici la fin de la saison sèche (En Afrique de l’Est il n’y a que deux saisons : la saison sèche et la saison humide.) Une joie profonde m’a soudainement envahie alors que les gouttes s’abattaient sur le toit rouillé avec de plus en plus de force. Près de 140 femmes ont construit des réservoirs pour la récolte de l’eau de pluie. Ces villages secs, ces femmes qui marchent des kilomètres pour ramener une eau boueuse et insalubre ne seront plus. Enfin, je l’espère. Je passais en revue les dernières semaines mentalement, je n’avais en tête que le commentaire d’une mère de famille : “Maintenant qu nous avons un réservoir d’eau, je suis beaucoup moins anxieuse. J’envoie mes filles au marais après l’école pour remplir des bidons d’eau. Mais souvent, elle reviennent tard et la nuit est déjà tombée. Plusieurs jeunes filles se sont fait violer ces dernières semaines, le soir, sur le chemin du marais. Ce réservoir protègera mes filles.”Évidemment, le projet n’est pas parfait, et creuser ces réservoirs demande beaucoup de travail physique, les veuves de 70 ans ont du mal à y arriver seules et elles n’ont pas les moyens d’engager quelqu’un, alors nous avons organisé des groupes d’entraide.
Tous les ateliers, sur la collection de l’eau de pluie, sur la salubrité et l’hygiène étaient suivis par un atelier sur le sida. Peu importe le sujet du regroupement dans le village, je considère que quelque rassemblement que ce soit est une opportunité pour parler de prévention et du sida. Alors qu’une travailleuse sociale que j’ai rencontré donnait l’atelier sur le sida, je distribuais des condoms à tous les villageois. Un homme prit la boîte et se mit à remplir ses poches, puis à remplir sa chemise de condoms, de telle sorte que l’homme maigre semblait avoir un ventre énorme. Il en mit dans ses poches de son pantalon, et finalement dans son chapeau. Je ne me suis pas opposée à cette démesure, car après tout, si c’est ce dont il a besoin pour éviter de propager son virus, qu’il prenne 500 préservatifs s’il le veut. Puis vers la fin de l’atelier, une grand-mère penché à 90 degrés sur sa canne s’est avancée vers le centre du cercle pour demander à la travailleuse sociale si elle avait des condoms féminins et poursuivit avec une dizaines d’autres questions. Moi qui pensais que les villageois seraient réticents à participer à l’atelier, je riais bien lorsque que ces femmes âgées se sont mis à discuter condoms féminins. Haaha
Je n’irai finalement pas escalader Kilimanjaro. En fait, les frais pour entrer dans le parc du Mont Kilimanjaro sont de 60$ par jour plus 60$ par nuit pour camper sur la montagne. L’excursion prend plus d’une semaine, et tous les profits vont dans les poches d’un gouvernement corrompu. Malgré ces frais exhorbitants, les touristes continuent d’affluer vers le parc pour atteindre le sommet de l’Afrique, et s’inquiètent peu de ces coûts. Je refuse de financer la coruption.
Je pars demain, vers l’île de Zanzibar. Cette île appartient à la Tanzanie mais fut possesion de l’Oman dans le passé. Les Sultans dirigèrent l’île pour longtemps et l’économie tournait autour de la vente d’esclaves et d’épices. Aujourd’hui les cavernes où les esclaves étaient emprisonnés sont toujours là et des flots turquoises viennent mourir sur des plages de corail blanc. J’irai faire de la plongée sous-marine et du vélo avec mon ami Mike sur ce petit paradis terrestre au parfums d’Indes et aux influences arabes.
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C’est quand même impressionant. Si chaque humain sur terre en faisait un peu pour faire la différence dans la vie d’un autre, nous serions certainement dans un monde meilleur.
Je rois sincèrement que tu as fait la différence pour plusieurs avec cette collecte des eaux.
Félicitation !
Maman xox
Bonne fin de voyage Laurence! Profites-en bien, et fais attention à toi!!
Guil
xxx