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14th June
2008
written by Laurence

Ici les enfants qui ne sont pas désirés sont nombreux, trop nombreux. Hier, alors d’une visite d’un groupe de femmes à Kitenga, j’ai rencontré cette jeune femme qui est allée chercher son bébé dans cette petite hutte en terre. Voilà, normalement lorsque je rencontre des sidéens en phase terminale, des bébés gravement atteints par la malaria, je retient mon souffle, je leur souris, et je tente de ne pas leur rappeler la douleur qu’ils vivent chaque jour dans mon regard. Mais cette fois, c’était extrêmement difficile, ce bébé de moins d’un an était brûlé au troisième degré, 70% de la surface de son corps était en gales à cause des flammes. Ses yeux ont brûlé fermés, maintenant il peut les ouvrir un peu, mais il a totalement perdu la vue. Il n’a plus de doigts, plus d’orteils, et sa bouche est énorme comme figée au moment d’un cri, il ne peut la fermer. J’ai du retenir mon souffle très fort, garder les larmes, jamais un malade ne m’a tant touché, ce bébé que je tenais maintenant dans mes bras n’avait que très peu de caractéristiques humaines. La jeune mère a accouché de cet enfant d’un père inconnu et un soir qu’elle allait danser dans une discothèque elle laisse le bébé dormir, une chandelle à son chevet. La hutte prit en feu et les voisins allèrent la chercher à la discothèque. Elle amena le bébé brûlé à l’hôpital et retourna à la discothèque.

Go to the people, live with them, love them, learn from them. Start with what they know, build on what they have, and work with the leaders so when the work is done, people can say-We did this ourselves

Lao Tzu 700 BC

Et voilà, je crois que je sors peu à peu des multiples rencontres, des réflexions nocturnes, et que j’ai fini mon évaluation des besoins de la communauté pour enfin me concentrer sur un projet précis. Car, oui je suis venue ici pour travailler, même si ce blog a été destiné jusqu’ici à ma dite adaptation culturelle. La majorité des groupes de femmes ont reçu des ateliers avec Wotodev, sur l’agriculture organique, les pesticides, comment construire des jardins, comment faire pousser des herbes médicinales, des ateliers sur le sida, sur la malaria, etc.. Mais même si maintenant elles plus éduqués sur ces différents thèmes, ces veuves et mères sidéennes n’ont toujours pas le revenu nécessaire pour mettre en pratique leurs acquis. D’ailleurs, le seul moyen que ces femmes peuvent reprendre contrôle sur leur futur et être autonomes et fières c’est d’avoir leur propre revenu. Une fois qu’elles ont leur propre revenu, elles peuvent se rendre à la clinique de dépistage du VIH et payer la somme pour le traitement rétroviral. Il est donc essentiel de développer de nouvelles activités économiques pour ces groupes de femmes. Évidemment leurs maisons sont insalubres, elles s’effondrent, leurs jardins ne produisent pas assez de légumes, elles sont mal nourries. Mais si je leur trouve du ciment et des briques, les maisons seront réparées, mais dans 5 ans, elles n’auront toujours pas de moyen d’améliorer leurs conditions de vie par elles-mêmes. Si elles développent leur propre revenu, il s’agit davantage de développement durable.

Je suis donc en train de mettre sur pied une coopérative laitière. J’ai réuni trois groupes de femmes qui produisent du lait, et ensemble elles développent un système d’épargne et d’emprunts et vendent leur lait ensemble pour faire davantage de profit. Jusqu’ici l’épargne est destinée à acheter un réfrigérateur et un congélateur industriels, pour pouvoir vendre nos produits directement dans la ville de Masaka. J’ai trouvé un organisme qui nous donne un point de vente gratuitement près du marché. Je suis en train d’écrire un plan de mise en marché pour leur produits et je vais tenter d’obtenir un prêt dans une institution de micro finance avec les coordinatrices de ces trois groupes de femmes pour acheter le réfrigérateur et le congélateur. J’ai des rencontres avec le diocèse de Masaka qui a des fermiers spécialisés en produits dérivés du lait pour que ces femmes reçoivent des formations sur la préparation de yogourts et de crème glacée. Il n’y a pas vraiment de marché pour le fromage ici en Ouganda, et la production demande trop de lait pour nos débuts. Nous voilà!!! J’ai aussi trouvé un partenaire pour que ces femmes développent un système de collection de pluie pour abreuver leurs vaches, car elles vont chercher l’eau dans un marécage à quelques kilomètres de leurs fermes.
Voilà, souhaitez nous bonne chance!

11th June
2008
written by Laurence

Lorsque je ne suis pas sur le terrain pour rencontrer des groupes de femmes je suis au bureau de WOTODEV (Women together for development) ma vie de bureau est, disons, colorée. J’ai un petit bureau dont le voisin est occupé par un énorme ordinateur jaunie par le soleil et qui, évidemment, ne fonctionne pas. La fille de la secrétaire de WOTODEV semble vivre dans mon bureau et sa principale occupation est la torture des sauterelles. Elle leur arrache les pates et les ailes, pour ensuite les faire frire dans la poile. Le bureau de WOTODEV n’a droit qu’à la moitié de la pièce. On partage la salle avec une pharmacie miraculeuse. La femme qui porte chaque jour d’énorme fleurs de plastique dans sa haute coiffure, vend des herbes médicinales et autres potions de sorcière et l’affiche en face de son commerce invite les clients avec : “Health solutions; the African way”. Je n’ai malheureusement pas vu un seul client depuis deux semaines. Ce qui est plutôt décevant, car je la soupçonne de connaitre de fascinants sortilèges. Face à mon bureau, une quinzaine de conducteurs de boda-boda attendent des clients qui semblent plutôt rares. Ils me crient parfois quelques : “Muzungu, I want to mary you”, or “baby baby come on my boda-boda”. Les boda-bodas sont de vieux scooters, moyen de transport populaire partout en Ouganda. Ils sont également mon seul moyen de transport, et lorsque je visite les groupes de femmes avec ma coordinatrice, et oui, moyen financiers oblige, ma dite corpulente supérieure et moi prenons toutes les deux place sur le même vieux scooter rouillé, moi à cheval derrière le chauffeur, poussée vers l’avant. Nous grimpons les routes terreuses de l’Ouganda qui est plutôt montagneux à environ 2 km heure parfois, et je me dis que je ferais mieux de courir à côté.
Hier, ma mère d’accueil a décidé qu’on en avait fini de parader autour du village en Gomez, et que je devais me marier avant de quitter l’Ouganda. “Euh, Mama Sara, je ne crois pas que c’est une bonne idée”. Au contraire me répond-t-elle, et elle ajoute que son frère ferait un très bon mari pour moi. Je tente de la convaincre que je ne suis pas de la tribu de Baganda, que ce ne soit une bonne idée pour leur famille, vous savez une étrangère blablabla. De plus, je ne sais pas bien faire le lavage et la cuisine traditionelle, n’en parlons pas. Et puis, elle perd le fil de mes explications en anglais mélangé au peu de Luganda que je parle et va voir les poules derrière la maison. Quelques minutes plus tard, le dit frère est dans la maison, assis devant moi, souriant avec insistance. Je le salue, sans toutefois faire les grandes salutations agenouillées que toutes les femmes de la tribu de Baganda doivent faire pour leurs ainés ou tout homme qu’elles rencontrent. Il prend ma main dans ses mains, ne parle pas anglais, alors attent que je lui dise quelque chose en luganda. Cela m’arrive rarement, mais cette fois, je n’ai pas l’intention de converser et je me trouve dans une bien inconfortable position puisque je sais que le frère est là suite à la discussion concernant le mariage. Je décide donc de lire un roman, je lis, je lis, jusqu’à ce que son insistant sourire se fane et qu’il aille rejoindre Mama Sara sur le compound avec les poules. Mon dit futur mari est également un conducteur de Boda-Boda.

Dimanche dernier, je suis allée à la messe. Dire que je suis athée, ou peu pratiquante est extrêmement mal vu ici. Il semble que le mouvement born a gain christian batte son plein dans cette région de l’Ouganda, et innombrables sont ceux qui vous arrêtent dans la rue pour vous demander : “have you been saved?“Ce qui veut dire, êtes-vous un born again..Bref, j’ai dit a ma famille d’accueil que j’avais été élevée dans une famille catholique, ils m’ont donc demandé 10 fois le dimanche si j’avais repassé mes vêtements pour la messe et on demandé à tous les voisins catholiques de m’accompagner à l’église (ma famille d’accueil est musulmane). Me voilà donc, à genoux, dans cette église surpeuplée, et comme ils m’ont accompagné à la messe en anglais pour que je puisse comprendre, j’écoute ce prête philippin avec un accent américain faire des métaphores en espagnol du genre : “incarnation, from carne in spanish, which means flesh, which means god is in your flesh”, mais surtout répéter 10 fois que “humans are not rats, please remember humans are not rats“. Je n’ai jamais réellement compris ce qu’il essayait dire en criant tel un preacher du sud des États-Unis que les humains ne sont pas des rats, mais je devenais de plus en plus impatiente. La seule explication que je peux voir réside dans un certain symbolisme asiatique, ou le rat aurait signification particulière, symbole dont il a hérité de son enfance dans les Philippines. Pour dimanche prochain, j’ai préparé ma réponse pour Mama Sara : “Mama Sara, I pray in my heart, I don’t really have to go to church”.

Je vis dans le village de Kimaanya et je travaille à Masaka. Kimaanya est minuscule mais le nombre d’habitants est augmenté par la prison à haute sécurité qui trône au centre du village et tous les officiers en uniforme entourant les babelés, la carabine appuyé entre les jambes attendant un faux geste des prisonniers, ou une blanche qui passe derrière pour l’ennuyer un peu (la blanche étant souvent moi, comme je n’en ai rencontré aucune autre dans le village). Enfin, tous les matins quand je marche vers la ville, les prisonniers sont dans la cafétéria et jusqu’au fins fonds de Kimaanya on entend leurs chants résonner, les coups qu’ils donnent sur les tables de la cafétéria créent une mélodie de percussions tribale, et leurs voix sont si profondes, leur cris si vains un mercredi matin enfermé dans une prison perdue en Ouganda que pour le reste de la journée, ce chant désespéré résonne dans ma tête.

9th June
2008
written by Laurence

Je crois que la médication que je prends en prévention pour la malaria affecte mon imaginaire et plusieurs fois par nuit je me réveille en sueurs après d’absurdes cauchemars. À Masaka, on voit partout d’énormes oiseaux qui se nomment marabouts. Les marabouts mangent les déchets et leurs cris stridents font dresser les poils sur les bras. Voilà, je suis totalement terrifiée par ces bêtes qui font parfois 2 mètres de haut. Je les vois, je change de côté de la rue. Et chaque nuit, je rêve qu’un marabout se met à me picosser comme une vieille pile de poubelles et s’envole, m’emmenant dans son énorme bec. Ce cauchemar est ridicule, mais depuis deux semaines, il n’a pas encore cessé. Ces oiseaux de malheur me narguent chaque fois que je marche vers mon village, et tournoient au dessus de ma tête, si ça se trouve, ils me crient même des insultes dans la langue des marabouts. Maintenant que j’ai fait connaissance avec ces sales volatiles, l’expression québécoise être marabou, prend tout son sens. Je vous le dit, ça ne veut pas dire être déçu et faire la moue, mais être un ignoble oiseau charognard.
****
J’ai réellement commencé à travailler avec Ugandan Women Together for Development (UWOTODEV). En réalité l’organisme supervise un réseau de groupes de femmes qui font de la microfinance et développement communautaire. Pour l’instant, je visite les groupes de femmes avec les responsables de mon organisme, j’observe leur système de prêts et d’investissements, leurs plantations et autres projets d’agriculture organique et durable, de développement d’activités économiques pour les veuves et de support financier pour les orphelins. Les femmes du groupe de Kitanga où j’ai passé la journée, ont toutes été testées pour le VIH, et comme les femmes qui font appel aux services de ces groupes sont généralement les plus désœuvrées, les veuves, celles qui sont malades, près de 100%du groupe s’est révélé séropositif. Une statistique assez poignante…
Enfin, hier, ma famille d’accueil m’a invité à me rendre au lac Nabugabo, où des milliers d’Ougandais dansent sur le bord du lac, boivent et nagent (mauvais mélange, je sais). Ce dimanche après-midi était vibrant, et pour ces Ougandais qui travaillent si fort et n’ont parfois que le dimanche de congé, tout le monde semblait bien se remettre du dur labeur de la semaine. Ils dansaient jusqu’à plus souffle, enivrés, sur les rythmes importés du Congo, au son de la pop en lingala. J’adore ces Ougandais qui travaillent dur à 2 ou 3 boulots parfois et font la fête jusqu’au matin, ils vivent, du moins qu’on puisse dire, intensément.

31st May
2008
written by Laurence

Me voila en Ouganda. J’ai aménagé dans ma famille. Premières impressions : je mange des criquets deux fois par jours. Les criquets sont considérés, en Ouganda, comme un encas dune grande délicatesse. Ils sont offerts aux invités comme marque de respect et gare à quiconque ose les refuser. Depuis quelques jours, je fais le tour des maisons du village car tout le monde m’invite et me tire par le bras. Je m’assoie sur des tapis au sol et je mange des criquets, par respect. Je crois que je ne les digère pas très bien, je ne vous donne pas plus d’explications sur ce sujet, mis a part du fait qu’il n’y a pas de toilette mais un trou.

Les enfants de la maison ont tous dormi avec moi, pour m’accueillir. Ils sont 7 enfants dont trois filles de 15, 16 et 17 ans, elles sont superbes, de vraies beautés africaines. Ici on rit beaucoup de moi, quand on me demande du tuer un poulet, d’aller chercher des bananes plantains, de nourrir les vaches ou d’autres taches qui me sont inconnues.

Ici tout le monde se nomme frère et sœur, ce qui me donne un peu de difficulté à comprendre les liens familiaux, mais ça m’est égal, car j’aime bien cette solidarité. Les voisins entrent et sortent de la maison, tirent sur mes cheveux en disant que je porte une perruque..Ha!

Enfin Masaka est plutôt pauvre, c’est réellement la ville la plus infectée par le sida dans tout l’Afrique et partout dans les rues on aperçoit ces hommes et ces femmes, à la peau abîmée, aux yeux injectes de sang, souvent ostracisés car le VIH est devenu apparent.

Ma famille a tenté de me donner un nom africain, mais c’etait le meme nom que deux filles dans la maison. J’ai donc opté pour le simple Lolo, mais le L et le R ont une prononciation similaire en Luganda, alors j’entends partout dans le village des Loulou, Lolo, Roro, Rourou… Enfin c’est mieux que le blanche!étrangère! (Muzungu en Luganda) auquel j’avais droit auparavant.

Bizou
Lolo, Rourou, whatever..

27th May
2008
written by Laurence

Je suis arrivée en Ouganda depuis peu. Je suis présentement en formation dans ma communauté d’accueil. Je ne vais déménager dans ma famille d’accueil que ce vendredi. Les différents stagiaires venus avec FSD seront alors dispersés dans la région de Masaka.

Avant de vous donner mes impressions sur l’Ouganda, voilà quelques pensées sur mon séjour au Caire. Je fus accueillie par Mohammed, l’ami de ma colocataire aux États-Unis (Claire). Sa famille et lui furent preuve d’une telle générosité envers moi. Chez Momo, on est musulman, une de ses soeurs fait le choix de porter le hijab, alors que l’autre pas. Les quatre enfants parlent un français chantant, dénudé de tout accent. Momo lui parle Français, Anglais, Arabe, Portugais, Italien et Espagnol (ouf!). Je dois absolument retourner au Caire, il me semble que je n’ai pas saisi un millième de l’effervescence enlevante de cette ville. . Quelques flashs :

Je fus plus que fascinée par la dynamique modernité-tradition au Caire. Là-bas, j’ai croisé toutes sortes de femmes, des fashionistas aux lunettes Gucci aux femmes habillées plus que traditionnellement portant la nqab (seulement les yeux à découvert) et la longue robe noire jusqu’au sol. Le Caire est hétérogène, turbulent, poussiéreux et magnifique. Souvent les femmes habillées extrêmement traditionnellement se promènent au bras d’un homme aux cheveux peignés vers l’arrière à l’aide de gel, les jeans collés sur la peau et la chemise ouverte, le torse offert au regard des badauds. Double mesure?

Toutefois, les femmes qui sont forcées d’adopter une telle tenue sont facilement reconnaissables. Effectivement, Mohammed me racontait qu’un jour, alors qu’il sillonnait les bords du Nil, sur une promenade où les amoureux aiment bien secrètement se prélasser au soleil et s’échanger des regards complices, il aperçut un couple. La femme portant le hijab serré autour du visage et la longue robe noire, au soleil bouillant de midi, elle portait également des gants (accessoires que de très rares femmes choisissent de porter, soit disant pour éviter de toucher les hommes dans les foules, au marché, etc.) et caressait les cheveux de sa flamme, avec ses gants!

Le trafic au Caire est infernal. Les autos n’ont pas peur de défoncer le pare-chocs de la voiture derrière ou devant pour arriver à leurs fins. Ils se crient par la tête, et dès que le chauffeur aperçoit une minuscule ouverture entre deux voiture, il n’hésite pas à s’y lancer à toute vitesse en criant, klaxonnant et parfois même en sortant du véhicule pour insulter les taxis qui bourdonnent autour de lui. Et dans la poussière qui monte, sur la route pour se rendre sur un toit d’un édifice surplombant la ville pour fumer la shisha avec quelques amis et échanger quelques mots en arabe, les rythmes qui s’échappent de la radio couvrent un peu du vacarme, et ce capharnaüm charme… incompréhensible ment, mais charme.

Enfin, merci chère ambassade de l’Ouganda, ils avaient fait une erreur dans mon visa!! Alors, en partant de l’Égypte, ils ont failli ne pas me faire passer, mais il semble que Momo ait réussi à trouver un contact à l’aéroport, qu’il a payé et qui m’a fait passer en douce, dans l’illégalité. HA!

***
En Ouganda, Je vis dans le village de Kimaanya, mais je travaille à Masaka. L’électricité coupe souvent, et la connexion à Internet est mauvaise et lente, ainsi donc, mes entrées de blog seront peut-être plus rares.

6th May
2008
written by Laurence

Je ne suis pas partie en voyage. Alors je me mets au fait de l’actualité québécoise. Il me semble que je n’ai pas manqué grand chose pendant un an, les accommodements raisonnables étaient le seul carburant des média. Enfin, voici une réponse que j’adresse à Richard Martineau, chroniqueur-blogue pour le journal de Montréal, animateur des Francs tireurs, ancien éditeur du Voir, etc.

Je réponds à ses propos au sujet du voile dans cet éditorial http://martineau.blogue.canoe.ca/2007/02/19/la_derive_de_francoise_david, mais aussi dans une dizaine d’autres éditoriaux en ligne ou même dans un article publié dans le Elle-Québec. Dans son éditorial publié dans le Elle-Québec http://www.ellequebec.com/Societe/billets/des-femmes-qui-ont-du-cran-n243641p1.html, il souligne la contribution de trois féministes musulmanes qui s’opposent au voile avec véhémence.

M. Martineau, suite à la lecture de cet éditorial ainsi qu’à celle de votre article dans le Elle soulignant la contribution de ces trois même auteures à la cause de la femme, je me désole de l’étroitesse de votre argumentation.

Effectivement, la question du voile ne se résout pas par une réponse telle que le voile est un symbole d’oppression ou ne l’est pas. Il faut éviter les généralisations. Chaque femme qui fait le choix de porter le voile, donne sa propre définition. Je m’insurge, comme vous, et comme ces féministes, lorsqu’un gouvernement dicte à ces citoyens ce qu’ils doivent porter au nom d’une religion, comme c’est le cas en Iran. Mais je m’insurge également lorsque d’autres gouvernements, qu’on croyait à tort progressistes, dictent à leurs citoyens ce qu’il leur est interdit de porter, au nom de la sécularité. Je fais ici référence à la loi implantée en 2004 en France interdisant le port de symboles religieux ostentatoires dans les institutions d’enseignement primaire et secondaires publiques. Cette loi est toute aussi discriminatoire M. Martineau.

Vous pensez que le voile est un symbole d’oppression. Même chose du côté de Chahdortt Djavann, que vous aimez bien citer, qui écrit que «le voile est un symbole qui ôte toute capacité à la femme d’être un être pensant.» Que diriez-vous de notre société qui fait pression sur nos toutes jeunes filles pour qu’elles se maquillent et les plongent dans l’hypersexualisation? Est-ce pour vous une façon de représenter les femmes en être pensant? Ces filles de 11 ans hypersexualisées, encouragées par leurs amis(es) à faire des strip-teases ou des danses sandwich (voir l’article de Louise Leduc dans la Presse d’aujourd’hui :http://www.cyberpresse.ca/article/20080506/CPACTUEL/805060869/-1/CPACTUEL) ou toutes ces jeunes filles qui sombrent dans l’anorexie sont pour moi également le symbole d’une pernicieuse forme «d’oppression». Toutefois, cette oppression n’est ni politique ni religieuse.

Nombreuses sont les musulmanes, qui décident de porter le voile par choix et commencent cette transition à 14, 18, 25 ans. Plusieurs femmes que je connais on fait cette transition malgré le désaccord de leurs parents, ou même de leur mari. Oppression M. Martineau? La question du voile a plusieurs teintes et voyager, vivre et étudier en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-est vous fait voir les différentes facettes de la question.

Malheureusement, au Canada, tant que nous débattons de la question du hijab et fournissons des réponses aussi simplistes qu’«il s’agit d’oppression», les féministes musulmanes qui font le choix de porter le voile se voient obligées d’en parler encore encore et pendant ce temps les vraies questions ne sont pas posées. En Amérique du Nord, la question du voile est un handicap à la considération de débats féministes musulmans plus profonds et plus criants.

Oui je suis québécoise, oui je suis féministe.

2nd May
2008
written by Laurence


À vous tous,

Lorsque je ne voyageais qu’occasionnellement, je pouvais encore vous côtoyer, chaque jour, vous écoutez, partager avec vous. Mais maintenant que je ne vis plus au Québec, tout se corse. Comme vous comptez pour moi et que j’aime partager avec vous ce que je vis; voici mon nouveau blog. J’avais écrit un blog à Managua, et l’expérience fut très positive, mes amis, ma famille répondaient à mes posts. Aujourd’hui lorsque je relis ce que j’écrivais à Managua, je trouve ce blog un peu immature et vite fait, mais avec l’électricité et la connexion internet qui étaient si rares; l’environnent dans lequel j’écrivais n’étais pas toujours propice à une écriture songée et profonde. Ce blog sera parfois en anglais ou autres langues, car malheureusement, certains (es) de mes amis (es) ne parlent pas le français. En espérant que vous puissiez me suivre, et me lire.

Je suis arrivée au Québec hier, et le 19 Mai je volerai vers le Caire, pour 5 jours. Ensuite, mon avion arrête à Nairobi et Khartoum pour atterrir finalement en Ouganda à Kampala. Je passerai quelques jours à Kampala pour suivre une formation en coopération internationale. Ensuite, je poursuivrai un stage de 9 semaine à Masaka avec WOMEN TOGETHER FOR DEVELOPMENT. Puis, je voyagerai pendant trois semaines, je ne suis pas certaine de mon itinéraire; tout dépend de mes rencontres, de mon budget, de la situation politique.

Dear friends, here is my blog. A blog I created to allow you to follow my adventures of the summer. Hopefully I can keep that blog going for the school year also, and share my thoughts, and episodes of my life in North Carolina. Most of it will be written in French, because it is my mother tongue, the language I feel, and also because this blog is one mainly for my people in Québec. Some of my dear friends such as Anna, Diana and Claire would be able to read this blog in French, at least some of it, so I don’t feel too guilty.

**Pourquoi les damnés de la terre? Il s’agit du titre d’un livre de Frantz Fanon et oui aussi un vers de l’Internationale, ce chant communiste français, mais détrompez vous je ne suis pas communiste, malgré que… certains soirs je m’endors ne pensant à Marx.. haha

Après avoir lu Albert Memmi et Fanon, je réalise que nous sommes tous un peu colons, et colonisés à la fois et je vis ce dilemme constamment en tant que Québécoise au Canada, mais également en tant que Québécoise vivant aux États-Unis.

Et puis, la coopération internationale est un milieu empreint de restes de néocolonialisme et de théories tiers-mondistes, et je crois que les Damnés de la terre est un titre révélateur. Mais ce titre est également sarcastique, car je voyage et je participe à des projets de coopération internationale, mais je ne crois pas que les populations au Nicaragua ou en Ouganda sont les damnées de la terre, mais parfois les gouvernement qui financent ces projets.. Enfin, je suis certaine que par ce blog, vous aurez amplement l’occasion de saisir ma vision.

7th August
2006
written by Laurence


Hier je suis retournée à la Chureca (enfin tous mes élèves d’Art de 2 générations y habitent et y travaillent), mais cette fois je suis allée plus loin. Puisque ce dépotoir s’étend sur 13 kilomètres, il y a surtout des poubelles, des camions et une odeur fétide qui vous reste dans le nez pendant des lustres, mais étonnament, il y a plus. Je me suis rendue compte que cet endroit est un véritable microcosme social. Il y a de tout dans ce dépotoir. Quand on observe, on peut voir que certains semblants d’habitations (je ne sais plus quels sont les critères pour appeller une construction habitation, disons que peut utiliser ce terme quand on y dort (???)) qui font lieu de petits magasins (un peu comme celui que j’ai chez moi, ils se nomment pulperias. Enfin, il y a aussi une école, avec une capacité minime, malheuresement et un petit centre de santé. Les habitants et travailleurs du dépotoir municipal s’organisent entre eux. Il y a peut être même différentes strates sociales. Enfin, je creuse ,mais c’est la vérité. J’ai visité quelques familles, ainsi, un certain nombre de personnes se chargent de se mettre les mains dans les déchets pour chercher les différents matériaux comme le papier, le carton, l’aluminium.. etc. Enfin, ce travail est extrêtement dangeureux, ils souffrent de nombreuses maladies et plusieurs enfants meurent frappés par les camions qui entrent et qui sortent. Ces gens vont revendre leurs trouvailles à d’autres familles, qui eux, nettoient le tout et revendent à des usines de recyclage. Les “collecteurs” font à peine un à deux dollars canadiens par jour s’ils passent leur journée à fouiller dans cet enfer. Enfin, je crois que les “distributeurs” font un peu plus, ce qui délimite les deux types de familles.

Pour conclure, même si c’est impensable de croiser ces gens qui sont nés dans les rebus et qui y meurent, je me sens beaucoup mieux que la première semaine, quand j’avais découvert le lieu pour la première fois. Je ne peux pas dire que je comprend complètement, mais du moins, je crois comprendre mieux. Je reconnais des visages, ceux que je vois plusieurs fois par semaine, les mains dans la peinture, à mes activités. Ils ont des coeurs d’enfants, mais ils me déboussolent tout de même. Lorsque je leur demande de peindre certaines choses, les crayons, le papier, la peinture, le concept de créativité leur sont inconnus, j’ai parfois l’impression d’avoir à faire à des êtres erafflés par la vie, cachés derrière des sourires d’enfants. Enfin, le dessin, le jeu ne leur vient pas facilement, mais lorsque je leur demande de laver le plancher ou de ramasser la salle après le bricolage; j’ai à peine le temps de me retourner que les tuiles reluisent et que la salle est impecable. Ils ont l’habitude des tâches et des responsabilités, mais il ne connaissent pas le jeu..

Finalement, hier, Dimanche, on a organisé une immense fête de rue, des centaines d’enfants et de jeunes participaient aux activités, on a déniché du maquillage pour le visage et j’ai peint de jolis petits visages couleur café pendant 5 heures sans arrêt! Enfin, on distribuait de la nourriture, des prix, cette journée de fête de quartier était vraiment une réussite! Samedi soir, ma famille a préparé une célébration d’adieu, plusieurs personnes y étaient invitées, on a dansé toute la nuit, s’il y a quelque chose que les Nicaraguyens métrisent parfaitement; c’est bien la fête!

Je quitte la communauté jeudi matin très tôt pour partir en évaluation à Granada. Ce sera difficile de quitter un lieu, qui est rien pour les yeux, mais tellement pour le coeur!

On se revoit sous peu,
Lau!

5th August
2006
written by Laurence

Tes chiens jappent mes jours, tu siffles mes nuits
Ton cadavre embaume l’air, les jours de pluies, tes coulées noirâtres lissent mes pas
Chez toi, il y a plus de flingues que d’hommes et tes fils aboient les femmes qui passent
Tes églises ont perdu leurs couleurs et on mendit sur leurs marches
Tes flots sont bruns et les poissons n’y nagent plus, ils y flottent
Des parcs dénudés à la plage aux oublis, tous lancent le malheur de leur consommation, rétractée.

Personne n’aime Managua. Seul ses habitants, qui n’ont jamais connus autre lieu, y restent par attachement, par obligation. A un kilomètre à l’extérieur de la capitale, tous médient la métropole. Les médias la scrutent à la recherche de la plus petit goutte de sang, du dernier accident, de la chicane domestique qui a mal tournée. Malheureusement, ils trouvent facilement, et 24 heures sur 24, on passe les nouvelles les plus noires.

Les coopérants se retrouvent à certains endroits, tel que dans un café que j’adore et qui s’appelle le Art café. Ils y restent, dans l’obscurité de la ville, par un sentiment de responsabilité, quelque chose qui leur dit, qu’il y aura toujours à faire dans ce chaos.

Lau

3rd August
2006
written by Laurence

Sur la route du retour de Matagalpa, Julie et moi usions nos mines dans nos journaux respectifs sous l’oeil curieux d’une jeune Nicaraguyenne aux yeux masqués de fard violet et aux cheveux torsadés reluisants de gel. Enfin, la joue collée contre la fenêtre du bus multicolore, je regardais les montagnes nicaraguyennes. Elles me semblaient en opposition complète avec le lac de Managua, qui se trouve juste derrière chez moi et qui remplace la vision habituelle des piscines hors-terre de mon voisinage repentignois par ce que je décrirais comme un immense bac à merde (désolé… je ne trouvais pas plus précis.) Alors, j’observais les maisonettes de tôle, à peine plus grosse que mon garde-robe, perdues sur les flancs des vertes montagnes.

A l’intérieur du bus, les odeurs humaines se mélangaient, l’air était suffocant et les vendeurs et vendeuses de nourriture de toutes sortes se poussaient jusqu’à la sortie. Des enfants avec les yeux immenses passent avec leurs sacs remplis d’eau, qui doivent bien faire le double de leur poids ils crient:”agua!!! Agua bien fria!” d’une voix hypernasale.

Puis après plusieurs heures de voyage, Julie et moi sommes arrivées dans un marché que nous ne connaissions pas . Fourbues, nous n’apercevons qu’un taxi . C’est ainsi que nous abordons le chauffeur pour discuter du prix du voyage jusqu’à notre demeure managuyenne. On aquiese et on se dirige vers une voiture un peu plus loin, qui n’était pas celle que nous avions vue à notre arrivée et qui était déjà pleine. Enfin, faute d’alternative, nous nous engouffrons dans le bazou. L’odeur de l’homme moustachu à ma gauche, avec son bambin sur les genous me rapellaient vaguement celle des chiens malades qui se secouaient devant chez moi après une chaude pluie.. Finalement, le chauffeur se lance dans une course effrenée, le voilà qui esquive un autobus et s’arrête dans un bruit de freins à couper le tympan (si freins il y avait?).C’est alors que Julie s’écrit, en espagnol:”Je préfère arriver plus tard, mais en vie!” Sous l’impact du commentaire de la blanche assise à la place du mort, l’homme s’est senti insulté et a décidé d’évacuer sa dite frustration sur la pédale de gaz. Quelle horreur! Alors la vieille version nicaraguyenne de Vin Diesel se faufile entre une dizaine de voiture klaxonnantes et le panneau de stop et les lumiéres lui semblent de simple décorations routières. Pour finir,je crois que je n’aurais jamais imploré le seigneur autant de fois en si peu de temps. Nous sommes finalement arrivées en claquant la porte à ce vieux plouc et en prenant une bouffée du large acahualincaien.

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Un blog qui me permet de rester en contact avec ceux que j’aime. Une tribune d’idées et de réflexions sur mes études, les gens que je rencontre, la coopération internationale.

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