Enfin, presque arrivée à destination, le lac Bunyoni, un étendu d’eau d’une beauté phénoménale caché au fond de la jungle, je me sentais soulagée de pouvoir entamer la traversée du lac en canot avant la tombée de la nuit. Mais soudainement, alors que le vieux mini-bus japonais gravissait les dernières collines pour se rendre au quai du lac, une pluie inattendue en saison sèche se mis à s’abattre sur nos têtes. Devant nous la route poussiéreuse se transforma en une rivière boueuse et les roues de ce détritus d’autocar s’enfoncèrent dans les flots marécageux. Quelques minutes plus tard, je me suis retrouvée derrière l’autobus à pousser vainement, crottée jusqu’aux mollets. Dans le chaos, les villageois environnants éclataient de rire à la vue d’une femme muzungu (étrangère) au milieu de 10 hommes, forçant, les joues rougies, les gouttes de sueurs déferlant sur son front.
Après environ une heure, lorsque que le moteur se mit à ronronner et que les roues s’agrippèrent enfin à quelques roches, le véhicule pris son élan et monta la pente. Je réalisai alors que l’autobus ne s’arrêtait pas, et un instant plus tard, boueuse et essoufflée, je me mis à courir et grimper pour que ce fichu chauffeur m’attende. Après d’interminables enjambées, je me mis à frapper le pare-chocs arrière, toujours en mouvement, jusqu’à ce qu’on s’arrête enfin pour m’entasser au milieu de la chaleur odorante du véhicule bondé.
Traverser l’Ouganda signifie s’arrêter à tout moment, partager un siège avec deux autres passagers, avoir l’impression d’être dans un interminable manège, se sentir malade car la majorité de ceux qui conduisent ces autobus sont des chauffards et se faire déposer sur le bord d’une route perdue parce que le chauffeur n’avait pas mis suffisamment d’essence dans son bazou. Mon voyage se termine quelques fois derrière un vélo rouillé d’un jeune garçon qui passait par-là.
Le lac Bunyoni était magnifique. J’ai du passer plus d’une heure, assise devant un vieux pêcheur à pagayer dans un «dugout canoe» – il s’agit d’un énorme arbre dont on creusé le tronc- pour me rendre à une petite île au milieu du lac. J’ai alors passé quelques jours entourée de collines cultivées par étages comme celles du Népal partageant mon modeste lit dans une hutte avec quelques oiseaux exotiques faisant partie d’une des plus diverse et abondante population de volatiles en Afrique. Poisson frais et jus de fruits de la passion au menu. Mmmmm….
Lorsque je suis revenue à la maison dimanche soir, j’ai trouvée une petite fille mince et élancée adossée à ma porte de chambre. Elle devait avoir environ 10 ans. Je lui ai alors demandé son nom en Luganda. Mama Sara m’a expliqué que Sherati est la fille d’un grand-oncle dans un village éloignée. Elle a entendu dire qu’une Muzungu habitait chez les Matovu et elle est partie à pieds le samedi matin de son village pour arriver à notre demeure le samedi soir sans avoir mangé ni bu, pour voir la Muzungu. Elle a dormi avec mes frères et sœurs, et dimanche soir, à mon retour, elle m’attendait toujours. Je n’ai pas bien compris pourquoi elle avait marché pendant si longtemps pour voir une blanche, et je m’attendais à se qu’elle me demande de l’aider à payer ses frais de scolarité- requête que je reçois chaque jour-, mais elle ne m’adressa pas la parole. Lorsque je buvais mon thé ou que je me plongeais dans un bouquin avant d’aller dormir, chaque fois que je levais le regard, je voyais ses grands yeux couleur charbon m’épier, sans même la surprendre à cligner. Une moment elle caressa ma main, la tourna et retourna, la compara à la sienne et repris sa position initiale d’observation à mes côtés. Elle me suivi partout sur la pointe des pieds, dormi au pied de mon lit et reparti le lundi matin toujours en silence. Quelle mystérieuse jeune fille…
Merci pour vos commentaires!
L’Afrique, au premier regard, au premier contact, peut paraître chaotique. Mais sous le bruit ambiant des les bodas qui dévalent les routes à toute vitesse, des vendeurs qui se tiraillent les passants, ou des nombreuses radios porteuses de malheurs en zones de conflits, je trouve ma vie en Ouganda paisible.
Certains moments dans ma journée me plongent dans un confort profond. Cette quiétude que je ressens est peut-être due à l’accueil que je reçois partout. Je dois peut-être cet état à mes petites sœurs, Anisha et Sheila, et à mon petit frère Ponsiano qui viennent se recroqueviller en silence autour de moi lorsque je lis. Le soir, lorsque je n’arrive pas à trouver le sommeil, j’observe une traînée de lucioles sur mon plafond, qui s’illuminent par intermittence, et je m’imagine que ce sont de minuscules lumières de noël accrochées au-dessus de mon lit. À chaque fin de journée, à mon retour de mes escapades dans de lointains villages, les voisins, les tantes et les oncles, se réunissent à mon arrivée, et nous partageons un thé au gingembre sur des tapis africains (faits de feuilles de palmiers séchées et tressées) déposé sur l’herbe humide.
J’adore le rire de mama Sara. Elle secout la tête lâchement et soudainement le rire éclate. Ce rire me rassure lorsque je tente de m’intégrer maladroitement. Je ne connais pas beaucoup d’autres femmes mugandas (de la tribu de Baganda) qui rient autant que Mama Sara. Mama Sara a plusieurs enfants, et accueille des orphelins, elle fut donnée à son mari contre contribution financière à l’âge de 17 ans. Sa famille a beaucoup souffert et son père a participé à la guerre contre la Tanzanie, du temps d’Idi Amin Dada. Sur le visage foncé de Mama Sara, il n’y a aucune marque des longues nuits cachées près de la frontière avec la tanzanie, à fuir les soldats. Aucune ride ne nous indique le désespoir. Il n’y a que la lumière dans ses yeux. Lorsque je reviens un peu tard, à la brunante et que je tente de trouver mon chemin à tâtons vers ma demeure, le rire de Mama Sara résonne jusqu’à moi et m’oriente.
Et puis, à la maison, il y a les prières. Les plus jeunes sont les plus dévolues. Et après le thé, j’entend les petites voix fragiles répéter des «Allah wa Akbahr» dans un coin sombre de notre demeure où mes sœurs prient è l’unisson. Lorsque j’étais malade, allongée dans mon lit, les fines voix de mes jeunes sœurs chantaient des prières jour et nuit et imploraient Allah pour mon rétablissement. Et Sheila m’a rappelé, les yeux brillants, que ses prières m’ont guérit. Webale nnyo Sheila –Merci beaucoup-
En Luganda, le mot pour oui est «yee», pourtant, on ne le prononce que rarement. Les mugandas préfèrent de discrètes onomatopées pour communiquer. Les femmes saluent à genoux puis, le premier dit «mmmm» (comme on dirait mmmm c’est bon !) et l’autre répond «mmmmm» une note plus haute. Et après s’être mutuellement remercié (remercié pour aucune raison en particulière, il s’agit d’une forme de politesse) un interminable enchaînement de «mmmm» recommence et les individus ne se regardent jamais dans les yeux, pour faire preuve de modestie. Ces salutations prennent quelques minutes par personnes, et lorsque je visite un groupe de 50 femmes, les introductions prennent des heures.
Hourra !! J’ai reçu du financement pour mes projets avec les groupes de femmes. J’ai écrit une demande de financement que j’ai envoyé à FSD- foundation for sustainable development. 700$ pour que ces femmes puissent construire des systèmes pour récolter l’eau de pluie. 700$ peuvent paraître insignifiants mais ils permettront à 147 femmes de se construire un système, de pouvoir s’abreuver décemment (évidemment l’eau doit être bouillie), sans avoir à marcher plusieurs kilomètres pour se rendre au marais où l’eau est stagnante et insalubre. Elles peuvent utiliser l’eau pour leurs jardins et leur bétail et possiblement avoir accès à davantage de revenu qui leur permet de se rendre à la clinique pour sidéens !
Nze Namatovu Lolo, Mbeera mu Kimaanya, Ndeera ngambi
Je suis Lolo NaMatovu, j’habite à Kimaanya, et je suis du clan des antilopes
Comme le père à la maison est Matovu, je deviens, en tant que femme NaMatovu et j’hérite également de son clan.
** Tous les jours je me fais demander, Quels sont nos tribus au Canada…et je dois répondre que nous avons des tribus, qui étaient là avant la colonisation, mais que nous les avons mis dans des villages très pauvres et que les gens dans les villes ne savent pas qu’elles existent. Cette pensée les horrifie. Avec raison.
Ici les enfants qui ne sont pas désirés sont nombreux, trop nombreux. Hier, alors d’une visite d’un groupe de femmes à Kitenga, j’ai rencontré cette jeune femme qui est allée chercher son bébé dans cette petite hutte en terre. Voilà, normalement lorsque je rencontre des sidéens en phase terminale, des bébés gravement atteints par la malaria, je retient mon souffle, je leur souris, et je tente de ne pas leur rappeler la douleur qu’ils vivent chaque jour dans mon regard. Mais cette fois, c’était extrêmement difficile, ce bébé de moins d’un an était brûlé au troisième degré, 70% de la surface de son corps était en gales à cause des flammes. Ses yeux ont brûlé fermés, maintenant il peut les ouvrir un peu, mais il a totalement perdu la vue. Il n’a plus de doigts, plus d’orteils, et sa bouche est énorme comme figée au moment d’un cri, il ne peut la fermer. J’ai du retenir mon souffle très fort, garder les larmes, jamais un malade ne m’a tant touché, ce bébé que je tenais maintenant dans mes bras n’avait que très peu de caractéristiques humaines. La jeune mère a accouché de cet enfant d’un père inconnu et un soir qu’elle allait danser dans une discothèque elle laisse le bébé dormir, une chandelle à son chevet. La hutte prit en feu et les voisins allèrent la chercher à la discothèque. Elle amena le bébé brûlé à l’hôpital et retourna à la discothèque.
Go to the people, live with them, love them, learn from them. Start with what they know, build on what they have, and work with the leaders so when the work is done, people can say-We did this ourselves
Lao Tzu 700 BC
Et voilà, je crois que je sors peu à peu des multiples rencontres, des réflexions nocturnes, et que j’ai fini mon évaluation des besoins de la communauté pour enfin me concentrer sur un projet précis. Car, oui je suis venue ici pour travailler, même si ce blog a été destiné jusqu’ici à ma dite adaptation culturelle. La majorité des groupes de femmes ont reçu des ateliers avec Wotodev, sur l’agriculture organique, les pesticides, comment construire des jardins, comment faire pousser des herbes médicinales, des ateliers sur le sida, sur la malaria, etc.. Mais même si maintenant elles plus éduqués sur ces différents thèmes, ces veuves et mères sidéennes n’ont toujours pas le revenu nécessaire pour mettre en pratique leurs acquis. D’ailleurs, le seul moyen que ces femmes peuvent reprendre contrôle sur leur futur et être autonomes et fières c’est d’avoir leur propre revenu. Une fois qu’elles ont leur propre revenu, elles peuvent se rendre à la clinique de dépistage du VIH et payer la somme pour le traitement rétroviral. Il est donc essentiel de développer de nouvelles activités économiques pour ces groupes de femmes. Évidemment leurs maisons sont insalubres, elles s’effondrent, leurs jardins ne produisent pas assez de légumes, elles sont mal nourries. Mais si je leur trouve du ciment et des briques, les maisons seront réparées, mais dans 5 ans, elles n’auront toujours pas de moyen d’améliorer leurs conditions de vie par elles-mêmes. Si elles développent leur propre revenu, il s’agit davantage de développement durable.
Je suis donc en train de mettre sur pied une coopérative laitière. J’ai réuni trois groupes de femmes qui produisent du lait, et ensemble elles développent un système d’épargne et d’emprunts et vendent leur lait ensemble pour faire davantage de profit. Jusqu’ici l’épargne est destinée à acheter un réfrigérateur et un congélateur industriels, pour pouvoir vendre nos produits directement dans la ville de Masaka. J’ai trouvé un organisme qui nous donne un point de vente gratuitement près du marché. Je suis en train d’écrire un plan de mise en marché pour leur produits et je vais tenter d’obtenir un prêt dans une institution de micro finance avec les coordinatrices de ces trois groupes de femmes pour acheter le réfrigérateur et le congélateur. J’ai des rencontres avec le diocèse de Masaka qui a des fermiers spécialisés en produits dérivés du lait pour que ces femmes reçoivent des formations sur la préparation de yogourts et de crème glacée. Il n’y a pas vraiment de marché pour le fromage ici en Ouganda, et la production demande trop de lait pour nos débuts. Nous voilà!!! J’ai aussi trouvé un partenaire pour que ces femmes développent un système de collection de pluie pour abreuver leurs vaches, car elles vont chercher l’eau dans un marécage à quelques kilomètres de leurs fermes.
Voilà, souhaitez nous bonne chance!
Lorsque je ne suis pas sur le terrain pour rencontrer des groupes de femmes je suis au bureau de WOTODEV (Women together for development) ma vie de bureau est, disons, colorée. J’ai un petit bureau dont le voisin est occupé par un énorme ordinateur jaunie par le soleil et qui, évidemment, ne fonctionne pas. La fille de la secrétaire de WOTODEV semble vivre dans mon bureau et sa principale occupation est la torture des sauterelles. Elle leur arrache les pates et les ailes, pour ensuite les faire frire dans la poile. Le bureau de WOTODEV n’a droit qu’à la moitié de la pièce. On partage la salle avec une pharmacie miraculeuse. La femme qui porte chaque jour d’énorme fleurs de plastique dans sa haute coiffure, vend des herbes médicinales et autres potions de sorcière et l’affiche en face de son commerce invite les clients avec : “Health solutions; the African way”. Je n’ai malheureusement pas vu un seul client depuis deux semaines. Ce qui est plutôt décevant, car je la soupçonne de connaitre de fascinants sortilèges. Face à mon bureau, une quinzaine de conducteurs de boda-boda attendent des clients qui semblent plutôt rares. Ils me crient parfois quelques : “Muzungu, I want to mary you”, or “baby baby come on my boda-boda”. Les boda-bodas sont de vieux scooters, moyen de transport populaire partout en Ouganda. Ils sont également mon seul moyen de transport, et lorsque je visite les groupes de femmes avec ma coordinatrice, et oui, moyen financiers oblige, ma dite corpulente supérieure et moi prenons toutes les deux place sur le même vieux scooter rouillé, moi à cheval derrière le chauffeur, poussée vers l’avant. Nous grimpons les routes terreuses de l’Ouganda qui est plutôt montagneux à environ 2 km heure parfois, et je me dis que je ferais mieux de courir à côté.
Hier, ma mère d’accueil a décidé qu’on en avait fini de parader autour du village en Gomez, et que je devais me marier avant de quitter l’Ouganda. “Euh, Mama Sara, je ne crois pas que c’est une bonne idée”. Au contraire me répond-t-elle, et elle ajoute que son frère ferait un très bon mari pour moi. Je tente de la convaincre que je ne suis pas de la tribu de Baganda, que ce ne soit une bonne idée pour leur famille, vous savez une étrangère blablabla. De plus, je ne sais pas bien faire le lavage et la cuisine traditionelle, n’en parlons pas. Et puis, elle perd le fil de mes explications en anglais mélangé au peu de Luganda que je parle et va voir les poules derrière la maison. Quelques minutes plus tard, le dit frère est dans la maison, assis devant moi, souriant avec insistance. Je le salue, sans toutefois faire les grandes salutations agenouillées que toutes les femmes de la tribu de Baganda doivent faire pour leurs ainés ou tout homme qu’elles rencontrent. Il prend ma main dans ses mains, ne parle pas anglais, alors attent que je lui dise quelque chose en luganda. Cela m’arrive rarement, mais cette fois, je n’ai pas l’intention de converser et je me trouve dans une bien inconfortable position puisque je sais que le frère est là suite à la discussion concernant le mariage. Je décide donc de lire un roman, je lis, je lis, jusqu’à ce que son insistant sourire se fane et qu’il aille rejoindre Mama Sara sur le compound avec les poules. Mon dit futur mari est également un conducteur de Boda-Boda.
Dimanche dernier, je suis allée à la messe. Dire que je suis athée, ou peu pratiquante est extrêmement mal vu ici. Il semble que le mouvement born a gain christian batte son plein dans cette région de l’Ouganda, et innombrables sont ceux qui vous arrêtent dans la rue pour vous demander : “have you been saved?“Ce qui veut dire, êtes-vous un born again..Bref, j’ai dit a ma famille d’accueil que j’avais été élevée dans une famille catholique, ils m’ont donc demandé 10 fois le dimanche si j’avais repassé mes vêtements pour la messe et on demandé à tous les voisins catholiques de m’accompagner à l’église (ma famille d’accueil est musulmane). Me voilà donc, à genoux, dans cette église surpeuplée, et comme ils m’ont accompagné à la messe en anglais pour que je puisse comprendre, j’écoute ce prête philippin avec un accent américain faire des métaphores en espagnol du genre : “incarnation, from carne in spanish, which means flesh, which means god is in your flesh”, mais surtout répéter 10 fois que “humans are not rats, please remember humans are not rats“. Je n’ai jamais réellement compris ce qu’il essayait dire en criant tel un preacher du sud des États-Unis que les humains ne sont pas des rats, mais je devenais de plus en plus impatiente. La seule explication que je peux voir réside dans un certain symbolisme asiatique, ou le rat aurait signification particulière, symbole dont il a hérité de son enfance dans les Philippines. Pour dimanche prochain, j’ai préparé ma réponse pour Mama Sara : “Mama Sara, I pray in my heart, I don’t really have to go to church”.
Je vis dans le village de Kimaanya et je travaille à Masaka. Kimaanya est minuscule mais le nombre d’habitants est augmenté par la prison à haute sécurité qui trône au centre du village et tous les officiers en uniforme entourant les babelés, la carabine appuyé entre les jambes attendant un faux geste des prisonniers, ou une blanche qui passe derrière pour l’ennuyer un peu (la blanche étant souvent moi, comme je n’en ai rencontré aucune autre dans le village). Enfin, tous les matins quand je marche vers la ville, les prisonniers sont dans la cafétéria et jusqu’au fins fonds de Kimaanya on entend leurs chants résonner, les coups qu’ils donnent sur les tables de la cafétéria créent une mélodie de percussions tribale, et leurs voix sont si profondes, leur cris si vains un mercredi matin enfermé dans une prison perdue en Ouganda que pour le reste de la journée, ce chant désespéré résonne dans ma tête.
Je crois que la médication que je prends en prévention pour la malaria affecte mon imaginaire et plusieurs fois par nuit je me réveille en sueurs après d’absurdes cauchemars. À Masaka, on voit partout d’énormes oiseaux qui se nomment marabouts. Les marabouts mangent les déchets et leurs cris stridents font dresser les poils sur les bras. Voilà, je suis totalement terrifiée par ces bêtes qui font parfois 2 mètres de haut. Je les vois, je change de côté de la rue. Et chaque nuit, je rêve qu’un marabout se met à me picosser comme une vieille pile de poubelles et s’envole, m’emmenant dans son énorme bec. Ce cauchemar est ridicule, mais depuis deux semaines, il n’a pas encore cessé. Ces oiseaux de malheur me narguent chaque fois que je marche vers mon village, et tournoient au dessus de ma tête, si ça se trouve, ils me crient même des insultes dans la langue des marabouts. Maintenant que j’ai fait connaissance avec ces sales volatiles, l’expression québécoise être marabou, prend tout son sens. Je vous le dit, ça ne veut pas dire être déçu et faire la moue, mais être un ignoble oiseau charognard.
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J’ai réellement commencé à travailler avec Ugandan Women Together for Development (UWOTODEV). En réalité l’organisme supervise un réseau de groupes de femmes qui font de la microfinance et développement communautaire. Pour l’instant, je visite les groupes de femmes avec les responsables de mon organisme, j’observe leur système de prêts et d’investissements, leurs plantations et autres projets d’agriculture organique et durable, de développement d’activités économiques pour les veuves et de support financier pour les orphelins. Les femmes du groupe de Kitanga où j’ai passé la journée, ont toutes été testées pour le VIH, et comme les femmes qui font appel aux services de ces groupes sont généralement les plus désœuvrées, les veuves, celles qui sont malades, près de 100%du groupe s’est révélé séropositif. Une statistique assez poignante…
Enfin, hier, ma famille d’accueil m’a invité à me rendre au lac Nabugabo, où des milliers d’Ougandais dansent sur le bord du lac, boivent et nagent (mauvais mélange, je sais). Ce dimanche après-midi était vibrant, et pour ces Ougandais qui travaillent si fort et n’ont parfois que le dimanche de congé, tout le monde semblait bien se remettre du dur labeur de la semaine. Ils dansaient jusqu’à plus souffle, enivrés, sur les rythmes importés du Congo, au son de la pop en lingala. J’adore ces Ougandais qui travaillent dur à 2 ou 3 boulots parfois et font la fête jusqu’au matin, ils vivent, du moins qu’on puisse dire, intensément.
Me voila en Ouganda. J’ai aménagé dans ma famille. Premières impressions : je mange des criquets deux fois par jours. Les criquets sont considérés, en Ouganda, comme un encas dune grande délicatesse. Ils sont offerts aux invités comme marque de respect et gare à quiconque ose les refuser. Depuis quelques jours, je fais le tour des maisons du village car tout le monde m’invite et me tire par le bras. Je m’assoie sur des tapis au sol et je mange des criquets, par respect. Je crois que je ne les digère pas très bien, je ne vous donne pas plus d’explications sur ce sujet, mis a part du fait qu’il n’y a pas de toilette mais un trou.
Les enfants de la maison ont tous dormi avec moi, pour m’accueillir. Ils sont 7 enfants dont trois filles de 15, 16 et 17 ans, elles sont superbes, de vraies beautés africaines. Ici on rit beaucoup de moi, quand on me demande du tuer un poulet, d’aller chercher des bananes plantains, de nourrir les vaches ou d’autres taches qui me sont inconnues.
Ici tout le monde se nomme frère et sœur, ce qui me donne un peu de difficulté à comprendre les liens familiaux, mais ça m’est égal, car j’aime bien cette solidarité. Les voisins entrent et sortent de la maison, tirent sur mes cheveux en disant que je porte une perruque..Ha!
Enfin Masaka est plutôt pauvre, c’est réellement la ville la plus infectée par le sida dans tout l’Afrique et partout dans les rues on aperçoit ces hommes et ces femmes, à la peau abîmée, aux yeux injectes de sang, souvent ostracisés car le VIH est devenu apparent.
Ma famille a tenté de me donner un nom africain, mais c’etait le meme nom que deux filles dans la maison. J’ai donc opté pour le simple Lolo, mais le L et le R ont une prononciation similaire en Luganda, alors j’entends partout dans le village des Loulou, Lolo, Roro, Rourou… Enfin c’est mieux que le blanche!étrangère! (Muzungu en Luganda) auquel j’avais droit auparavant.
Bizou
Lolo, Rourou, whatever..
Je suis arrivée en Ouganda depuis peu. Je suis présentement en formation dans ma communauté d’accueil. Je ne vais déménager dans ma famille d’accueil que ce vendredi. Les différents stagiaires venus avec FSD seront alors dispersés dans la région de Masaka.
Avant de vous donner mes impressions sur l’Ouganda, voilà quelques pensées sur mon séjour au Caire. Je fus accueillie par Mohammed, l’ami de ma colocataire aux États-Unis (Claire). Sa famille et lui furent preuve d’une telle générosité envers moi. Chez Momo, on est musulman, une de ses soeurs fait le choix de porter le hijab, alors que l’autre pas. Les quatre enfants parlent un français chantant, dénudé de tout accent. Momo lui parle Français, Anglais, Arabe, Portugais, Italien et Espagnol (ouf!). Je dois absolument retourner au Caire, il me semble que je n’ai pas saisi un millième de l’effervescence enlevante de cette ville. . Quelques flashs :
Je fus plus que fascinée par la dynamique modernité-tradition au Caire. Là-bas, j’ai croisé toutes sortes de femmes, des fashionistas aux lunettes Gucci aux femmes habillées plus que traditionnellement portant la nqab (seulement les yeux à découvert) et la longue robe noire jusqu’au sol. Le Caire est hétérogène, turbulent, poussiéreux et magnifique. Souvent les femmes habillées extrêmement traditionnellement se promènent au bras d’un homme aux cheveux peignés vers l’arrière à l’aide de gel, les jeans collés sur la peau et la chemise ouverte, le torse offert au regard des badauds. Double mesure?
Toutefois, les femmes qui sont forcées d’adopter une telle tenue sont facilement reconnaissables. Effectivement, Mohammed me racontait qu’un jour, alors qu’il sillonnait les bords du Nil, sur une promenade où les amoureux aiment bien secrètement se prélasser au soleil et s’échanger des regards complices, il aperçut un couple. La femme portant le hijab serré autour du visage et la longue robe noire, au soleil bouillant de midi, elle portait également des gants (accessoires que de très rares femmes choisissent de porter, soit disant pour éviter de toucher les hommes dans les foules, au marché, etc.) et caressait les cheveux de sa flamme, avec ses gants!
Le trafic au Caire est infernal. Les autos n’ont pas peur de défoncer le pare-chocs de la voiture derrière ou devant pour arriver à leurs fins. Ils se crient par la tête, et dès que le chauffeur aperçoit une minuscule ouverture entre deux voiture, il n’hésite pas à s’y lancer à toute vitesse en criant, klaxonnant et parfois même en sortant du véhicule pour insulter les taxis qui bourdonnent autour de lui. Et dans la poussière qui monte, sur la route pour se rendre sur un toit d’un édifice surplombant la ville pour fumer la shisha avec quelques amis et échanger quelques mots en arabe, les rythmes qui s’échappent de la radio couvrent un peu du vacarme, et ce capharnaüm charme… incompréhensible ment, mais charme.
Enfin, merci chère ambassade de l’Ouganda, ils avaient fait une erreur dans mon visa!! Alors, en partant de l’Égypte, ils ont failli ne pas me faire passer, mais il semble que Momo ait réussi à trouver un contact à l’aéroport, qu’il a payé et qui m’a fait passer en douce, dans l’illégalité. HA!
***
En Ouganda, Je vis dans le village de Kimaanya, mais je travaille à Masaka. L’électricité coupe souvent, et la connexion à Internet est mauvaise et lente, ainsi donc, mes entrées de blog seront peut-être plus rares.
Je ne suis pas partie en voyage. Alors je me mets au fait de l’actualité québécoise. Il me semble que je n’ai pas manqué grand chose pendant un an, les accommodements raisonnables étaient le seul carburant des média. Enfin, voici une réponse que j’adresse à Richard Martineau, chroniqueur-blogue pour le journal de Montréal, animateur des Francs tireurs, ancien éditeur du Voir, etc.
Je réponds à ses propos au sujet du voile dans cet éditorial http://martineau.blogue.canoe.ca/2007/02/19/la_derive_de_francoise_david, mais aussi dans une dizaine d’autres éditoriaux en ligne ou même dans un article publié dans le Elle-Québec. Dans son éditorial publié dans le Elle-Québec http://www.ellequebec.com/Societe/billets/des-femmes-qui-ont-du-cran-n243641p1.html, il souligne la contribution de trois féministes musulmanes qui s’opposent au voile avec véhémence.
M. Martineau, suite à la lecture de cet éditorial ainsi qu’à celle de votre article dans le Elle soulignant la contribution de ces trois même auteures à la cause de la femme, je me désole de l’étroitesse de votre argumentation.
Effectivement, la question du voile ne se résout pas par une réponse telle que le voile est un symbole d’oppression ou ne l’est pas. Il faut éviter les généralisations. Chaque femme qui fait le choix de porter le voile, donne sa propre définition. Je m’insurge, comme vous, et comme ces féministes, lorsqu’un gouvernement dicte à ces citoyens ce qu’ils doivent porter au nom d’une religion, comme c’est le cas en Iran. Mais je m’insurge également lorsque d’autres gouvernements, qu’on croyait à tort progressistes, dictent à leurs citoyens ce qu’il leur est interdit de porter, au nom de la sécularité. Je fais ici référence à la loi implantée en 2004 en France interdisant le port de symboles religieux ostentatoires dans les institutions d’enseignement primaire et secondaires publiques. Cette loi est toute aussi discriminatoire M. Martineau.
Vous pensez que le voile est un symbole d’oppression. Même chose du côté de Chahdortt Djavann, que vous aimez bien citer, qui écrit que «le voile est un symbole qui ôte toute capacité à la femme d’être un être pensant.» Que diriez-vous de notre société qui fait pression sur nos toutes jeunes filles pour qu’elles se maquillent et les plongent dans l’hypersexualisation? Est-ce pour vous une façon de représenter les femmes en être pensant? Ces filles de 11 ans hypersexualisées, encouragées par leurs amis(es) à faire des strip-teases ou des danses sandwich (voir l’article de Louise Leduc dans la Presse d’aujourd’hui :http://www.cyberpresse.ca/article/20080506/CPACTUEL/805060869/-1/CPACTUEL) ou toutes ces jeunes filles qui sombrent dans l’anorexie sont pour moi également le symbole d’une pernicieuse forme «d’oppression». Toutefois, cette oppression n’est ni politique ni religieuse.
Nombreuses sont les musulmanes, qui décident de porter le voile par choix et commencent cette transition à 14, 18, 25 ans. Plusieurs femmes que je connais on fait cette transition malgré le désaccord de leurs parents, ou même de leur mari. Oppression M. Martineau? La question du voile a plusieurs teintes et voyager, vivre et étudier en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-est vous fait voir les différentes facettes de la question.
Malheureusement, au Canada, tant que nous débattons de la question du hijab et fournissons des réponses aussi simplistes qu’«il s’agit d’oppression», les féministes musulmanes qui font le choix de porter le voile se voient obligées d’en parler encore encore et pendant ce temps les vraies questions ne sont pas posées. En Amérique du Nord, la question du voile est un handicap à la considération de débats féministes musulmans plus profonds et plus criants.
Oui je suis québécoise, oui je suis féministe.
À vous tous,
Lorsque je ne voyageais qu’occasionnellement, je pouvais encore vous côtoyer, chaque jour, vous écoutez, partager avec vous. Mais maintenant que je ne vis plus au Québec, tout se corse. Comme vous comptez pour moi et que j’aime partager avec vous ce que je vis; voici mon nouveau blog. J’avais écrit un blog à Managua, et l’expérience fut très positive, mes amis, ma famille répondaient à mes posts. Aujourd’hui lorsque je relis ce que j’écrivais à Managua, je trouve ce blog un peu immature et vite fait, mais avec l’électricité et la connexion internet qui étaient si rares; l’environnent dans lequel j’écrivais n’étais pas toujours propice à une écriture songée et profonde. Ce blog sera parfois en anglais ou autres langues, car malheureusement, certains (es) de mes amis (es) ne parlent pas le français. En espérant que vous puissiez me suivre, et me lire.
Je suis arrivée au Québec hier, et le 19 Mai je volerai vers le Caire, pour 5 jours. Ensuite, mon avion arrête à Nairobi et Khartoum pour atterrir finalement en Ouganda à Kampala. Je passerai quelques jours à Kampala pour suivre une formation en coopération internationale. Ensuite, je poursuivrai un stage de 9 semaine à Masaka avec WOMEN TOGETHER FOR DEVELOPMENT. Puis, je voyagerai pendant trois semaines, je ne suis pas certaine de mon itinéraire; tout dépend de mes rencontres, de mon budget, de la situation politique.
Dear friends, here is my blog. A blog I created to allow you to follow my adventures of the summer. Hopefully I can keep that blog going for the school year also, and share my thoughts, and episodes of my life in North Carolina. Most of it will be written in French, because it is my mother tongue, the language I feel, and also because this blog is one mainly for my people in Québec. Some of my dear friends such as Anna, Diana and Claire would be able to read this blog in French, at least some of it, so I don’t feel too guilty.
**Pourquoi les damnés de la terre? Il s’agit du titre d’un livre de Frantz Fanon et oui aussi un vers de l’Internationale, ce chant communiste français, mais détrompez vous je ne suis pas communiste, malgré que… certains soirs je m’endors ne pensant à Marx.. haha
Après avoir lu Albert Memmi et Fanon, je réalise que nous sommes tous un peu colons, et colonisés à la fois et je vis ce dilemme constamment en tant que Québécoise au Canada, mais également en tant que Québécoise vivant aux États-Unis.
Et puis, la coopération internationale est un milieu empreint de restes de néocolonialisme et de théories tiers-mondistes, et je crois que les Damnés de la terre est un titre révélateur. Mais ce titre est également sarcastique, car je voyage et je participe à des projets de coopération internationale, mais je ne crois pas que les populations au Nicaragua ou en Ouganda sont les damnées de la terre, mais parfois les gouvernement qui financent ces projets.. Enfin, je suis certaine que par ce blog, vous aurez amplement l’occasion de saisir ma vision.
Hier je suis retournée à la Chureca (enfin tous mes élèves d’Art de 2 générations y habitent et y travaillent), mais cette fois je suis allée plus loin. Puisque ce dépotoir s’étend sur 13 kilomètres, il y a surtout des poubelles, des camions et une odeur fétide qui vous reste dans le nez pendant des lustres, mais étonnament, il y a plus. Je me suis rendue compte que cet endroit est un véritable microcosme social. Il y a de tout dans ce dépotoir. Quand on observe, on peut voir que certains semblants d’habitations (je ne sais plus quels sont les critères pour appeller une construction habitation, disons que peut utiliser ce terme quand on y dort (???)) qui font lieu de petits magasins (un peu comme celui que j’ai chez moi, ils se nomment pulperias. Enfin, il y a aussi une école, avec une capacité minime, malheuresement et un petit centre de santé. Les habitants et travailleurs du dépotoir municipal s’organisent entre eux. Il y a peut être même différentes strates sociales. Enfin, je creuse ,mais c’est la vérité. J’ai visité quelques familles, ainsi, un certain nombre de personnes se chargent de se mettre les mains dans les déchets pour chercher les différents matériaux comme le papier, le carton, l’aluminium.. etc. Enfin, ce travail est extrêtement dangeureux, ils souffrent de nombreuses maladies et plusieurs enfants meurent frappés par les camions qui entrent et qui sortent. Ces gens vont revendre leurs trouvailles à d’autres familles, qui eux, nettoient le tout et revendent à des usines de recyclage. Les “collecteurs” font à peine un à deux dollars canadiens par jour s’ils passent leur journée à fouiller dans cet enfer. Enfin, je crois que les “distributeurs” font un peu plus, ce qui délimite les deux types de familles.
Pour conclure, même si c’est impensable de croiser ces gens qui sont nés dans les rebus et qui y meurent, je me sens beaucoup mieux que la première semaine, quand j’avais découvert le lieu pour la première fois. Je ne peux pas dire que je comprend complètement, mais du moins, je crois comprendre mieux. Je reconnais des visages, ceux que je vois plusieurs fois par semaine, les mains dans la peinture, à mes activités. Ils ont des coeurs d’enfants, mais ils me déboussolent tout de même. Lorsque je leur demande de peindre certaines choses, les crayons, le papier, la peinture, le concept de créativité leur sont inconnus, j’ai parfois l’impression d’avoir à faire à des êtres erafflés par la vie, cachés derrière des sourires d’enfants. Enfin, le dessin, le jeu ne leur vient pas facilement, mais lorsque je leur demande de laver le plancher ou de ramasser la salle après le bricolage; j’ai à peine le temps de me retourner que les tuiles reluisent et que la salle est impecable. Ils ont l’habitude des tâches et des responsabilités, mais il ne connaissent pas le jeu..
Finalement, hier, Dimanche, on a organisé une immense fête de rue, des centaines d’enfants et de jeunes participaient aux activités, on a déniché du maquillage pour le visage et j’ai peint de jolis petits visages couleur café pendant 5 heures sans arrêt! Enfin, on distribuait de la nourriture, des prix, cette journée de fête de quartier était vraiment une réussite! Samedi soir, ma famille a préparé une célébration d’adieu, plusieurs personnes y étaient invitées, on a dansé toute la nuit, s’il y a quelque chose que les Nicaraguyens métrisent parfaitement; c’est bien la fête!
Je quitte la communauté jeudi matin très tôt pour partir en évaluation à Granada. Ce sera difficile de quitter un lieu, qui est rien pour les yeux, mais tellement pour le coeur!
On se revoit sous peu,
Lau!
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