Le landgrab libyen
Le Mali est contrôlé par de nouvelles puissances. La Libye a la main sur le pétrole et les ressources du Mali. Les envoyés libyens mettent en place une réforme du secteur agricole malien, non pour soutenir la souveraineté alimentaire malienne, mais bien pour permettre les importations vers la Lybie. En traversant le nouveau pont qui mène au centre-ville, on fait face à un complexe géant, blanc et majestueux du nom de Malybia (une fusion entre Mali et Lybie). Le complexe serait le siège du pouvoir libyen au Mali. La présence des Libyens est incontournable ici. Les lycées portent le nom de Mouamar Kadhafi et les affiches de la présence libyenne se font bien voir. Les Maliens importent la majorité de leurs produits de base : le riz, les arachides, le poisson qui vient en grande partie du Sénégal, car le poisson de rivière local se fait maintenant rare, et le thé vert qu’on fait bouillir dans chaque foyer et qu’on déguste avec beaucoup de sucre vient de Chine. Le plat typique malien est une assiette de riz avec sauce, souvent une sauce aux arachides, pleine de protéines. Maintenant, les minces produits agricoles locaux partiront en Lybie. C’est le land grab de l’Afrique.
Hotels de passe chinois et sorcellerie
Les Chinois sont présents à tous les niveaux de l’économie malienne. Les femmes chinoises vendent des rouleaux chinois fris devant les lycées maliens. Ils possèdent de nombreux hôtels, ils dominent le secteur de la construction, gèrent les mines d’or. L’Afrique, et spécialement le Mali est le nouveau terrain de jeu des Chinois. Ils ont promis aux Maliens d’investir dans les infrastructures si le Mali s’ouvre aux importations chinoises sans exercer de mesures protectionnistes. Depuis, le marché local a été inondé de vêtements, produits électroniques, jouets chinois. Les articles sont de très basse qualité, mais sont à des prix si bas, que les Africains peuvent se les permettre.
Les Chinois ont récemment compris comment ils pouvaient faire fortune. Ils se sont lancés dans le marché des hôtels de passe. À tous les coins de rue ou presque maintenant on trouve des : Hotel chinois Diamant, Hotel Venise, Hotel mirage. On y loue les chambres à l’heure. Une fois j’ai passé devant un de ceux-ci et j’y ai vu le couple de propriétaires attablé devant leur établissement et distribuant un petit morceau de savon et un condom à ceux qui entrent (merci de distribuer des condoms quand même!). Ils font fortune, et une nuit je suis passée en voiture devant un de ceux-ci et des dizaines de voitures et de motocyclettes y étaient garées. À ce que me dit mon amie Hadja, la polygamie, l’adultère, les femmes de 15 ans qui marient des hommes de 60, ce sont des maux de la pauvreté. Les femmes ici sont comme les femmes partout, elles veulent un mari, elles veulent le bonheur, un homme beau et doux, mais l’amour ne veut pas dire avoir de quoi se mettre sous la dent, alors on fait des sacrifices. Hadja m’a expliqué que certaines femmes «ne sont pas prostituées », mais sont prêtes à accepter un peu d’argent contre une heure au motel pour arriver à acheter du sucre et du riz, dont le prix est très élevé à cause de la dépendance aux importations. Les jeunes femmes acceptent de marier des hommes plus vieux et de devenir leur deuxième, troisième ou quatrième femme parce que parfois les hommes de leur âge n’ont pas d’emploi ni les moyens de leur payer les boubous (habits) et la motocyclette chinoise dont elles rêvent. Ici, les besoins financiers prennent le dessus sur la vie sentimentale.
Il n’a pas plu depuis trois jours déjà et la chaleur est étouffante. Hier, je suis allée chez le tailleur, et on m’a dit que s’il fait chaud et qu’il n’a pas plu depuis des jours c’est que les Chinois ont jeté un sort pour que la pluie s’arrête. En effet, ils construisent un troisième pont qui traverse le fleuve Niger et ils ne veulent pas qu’il pleuve. Après avoir parlé à quelques badauds, il semble y avoir un consensus, les Chinois ont arrêté la pluie. Comment on dit, “ramenez la pluie svp” en mandarin?
{ 0 comments }