Posts Tagged ‘musique’
La vie à Damas devient plus douce au printemps. Les arbres fleurissent, et l’odeur du shawerma* rôtissant sur sa broche au soleil et me surprend à chaque coin de rue.
Un jour, après avoir descendu les marches en trombe pour attraper le minibus plein à craquer, pour lequel on se bat pour s’asseoir sur ses talons ou sur son sac, Habib et moi avons croisé Amir. Il marchait près de notre demeure et nous lui avons demandé si c’était un Oud* qu’il trimbalait dans l’étui en cuir sur son dos. Il l’ouvrit et me montra son banjo.
Jamais je n’avais vu un banjo au Moyen-Orient. Amir est un réfugié irakien à Damas. La Syrie est le seul pays au Moyen-Orient qui ne requière aucun visa pour les Arabes, de l’Algérie à l’Afghanistan, ils peuvent tous entrer sans problèmes et fuir guerres et conflits.
La Syrie croit en la solidarité et au nationalisme arabe, ainsi nombreux sont les Irakiens en Syrie. Amir est un musicien et il joue du folk américain. Il chante et gratte les mélodies de Bob Dylan, Neil Young ou John Denver à la perfection. Son accent New Yorkais semble tout droit sorti d’un film. Il n’avait jamais quitté Bagdad jusqu’à il y a quelques mois. Il troqua ce qu’il put contre banjos, mandolines et guitares avec les soldats américains en Irak. Amir est apolitique, il joue la musique qui le passionne, sans plus. Il compose en anglais, et trimbale sa mandoline dans les rues de Damas. Nombreuses sont les questions qui restent sans réponse. Cette musique est composée par un pays qui a envahi l’Irak, elle proclame la fierté américaine… Peut-on réellement être apolitique devant ce fait? Et Amir, qui tente depuis longtemps de se rendre aux États-Unis, sera-t-il accepté par la scène folk du Tennessee? Dans le sud des États-Unis, où les républicains sont en forces, et où une ambiance plutôt hostile au monde arabe plane, Amir trouvera-t-il l’Amérique dont il a tant rêvé?
En attendant, Amir gratte sa guitare sur le toit de notre vieille maison près du marché, et quand nos amis syriens nous rendent visite et lui demandent de jouer une mélodie traditionnelle, ou de gratter le Oud pour un instant, Amir refuse, car il ne joue pas de musique arabe. Nos amis syriens joignent les sourcils, et parfois ne lui adressent plus la parole jusqu’à l’aube.
*un méchoui de poulet, qui est coupé et servi dans un pain pita, la nourriture typique de rue
* Un Oud est un luth oriental
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