Fleas dream of buying themselves a dog, and nobodies, dream of escaping poverty: that one magical day good luck will suddenly rain down on them–will rain down in buckets. But good luck doesn’t rain down yesterday, today, tomorrow, or ever. Good luck doesn’t even fall in a fine drizzle, no matter how hard the nobodies summon it, even if their left hand is tickling, or if they begin the new day with their right foot, or start the new year with a change of brooms.
The nobodies: nobody’s children, owners of nothing. The nobodies: the no ones, the nobodied, running like rabbits, dying through life, screwed every which way.
Who are not, but could be.
Who don’t speak languages, but dialects.
Who don’t have religions, but superstitions.
Who don’t create art, but handicrafts.
Who don’t have culture, but folklore.
Who are not human beings, but human resources.
Who do not have faces, but arms.
Who do not have names, but numbers.
Who do not appear in the history of the world, but in the police blotter of the local paper.
The nobodies, who are not worth the bullet that kills them.
Galeano, Eduardo. “The Nobodies.” The Book of Embraces. Trans. Cedric Belfrage. New York: Norton, 1992. 73.
La culture est palpable, elle coule dans les veines de chacune au Mali. Cet extrait de Eduardo Galeano me donne la chair de poule à chaque lecture. Car chaque jour, j’apprends tellement de ces femmes qui attendent entassées sur les bancs de fer, le bébé au sein dans le centre de santé. Ces femmes qui à travers l’Afrique servent de cobayes pour les compagnies pharmaceutiques, ces femmes qui labourent des champs où rien ne pousse, ces femmes qui marchent et traversent des frontières pour fuir des violences toujours plus grandes. Mais ce sont aussi ces femmes qui se lèvent et changent l’Afrique, lentement, mais surement. Résilience, amour, douleur. Je me sens petite de les voir. Je les admire secrètement, les cheveux humides, sans maquillage assise avec mon enregistreuse. Elles sont gracieuses dans leurs boubous, avec leurs longs cheveux tressés et leurs regards profonds. Splendides et calmes, mais souvent je suis étonnée lorsqu’elles me révèlent leur âge en entrevue. ’18 ans’ me dit l’une, ’19 ans’ me bredouille l’autre. J’aurais juré qu’elles avaient dans la trentaine. Les grossesses nombreuses, les seins qui n’allaitent plus à cause de la malnutrition, le stress de savoir si elles mangeront demain et la violence domestique les secouent et creusent leurs traits. Mais leurs sourires sont intarissables. Je me sens minuscule, innocente, gâtée. Mais je me sens aussi grande et honorée par leur confiance, leurs confidences. Et même si souvent elles me mentent gentiment ou restent longuement silencieuses après mes questions qu’elles trouvent gênantes, je suis reconnaissante qu’elles acceptent de me parler, et qu’elles me révèlent leur vie, à moi cette inconnue arrivée hier et partie demain.
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